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« Le Crif n’est ni très à droite, ni islamophobe »

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Institution de la communauté juive française organisée, le Crif est volontiers taxé d’être fermé et conservateur par nombre de ses contradicteurs. Réponse de Richard Prasquier, ex-président de la structure.

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Les Juifs de France sont loin de constituer un bloc monolithique. Comment représenter un groupe si hétérogène ?

Notre communauté compte des individus aux opinions très diverses. C’est pourquoi le Crif, en tant que confédération d’associations, doit prendre en considération toutes ces sensibilités en évitant de sur-représenter une position au détriment d’une autre. Des précautions qui ne doivent pas entacher le but premier de notre mission : exprimer le ressenti général de la majorité des Juifs sur les préoccupations qui les concernent, à savoir l’antisémitisme, la mémoire de la Shoah et la défense de l’image d’Israël, trois volets caractérisant les missions statutaires de notre Conseil.

Êtes-vous sûr que ces préoccupations concernent bien la majorité des Juifs ?

Le Crif connaît la communauté de l’intérieur. Il est donc bien placé pour voir les sujets qui interpellent la majorité. De plus, en fédérant la plupart des institutions, religieuses ou non, nous disposons d’un large ancrage sur tout l’échiquier communautaire. De quoi légitimer notre représentation de la majorité. Pour autant, aucun Juif ne doit se sentir obligé d’être représenté par le Crif ou toute autre instance communautaire.

D’ailleurs, des voix juives « discordantes » se font entendre au-delà du Crif…

En effet, nous recevons parfois sur notre site des commentaires de gens désireux de se démarquer de nous. Ils émanent de petits groupes juifs antisionistes ou de personnalités ayant un large accès aux médias.

Quid de vos relations avec les responsables des autres communautés ?

Elles sont fréquentes et excellentes. Avec le Cran, nous allons organiser un colloque en Guadeloupe sur la Shoah et l’esclavage. Nous avons aussi des relations amicales avec des institutions musulmanes et plaidons contre les amalgames entre islam et islam radical. Le Crif milite pour une France ouverte et sans discrimination. Car si les discriminations ne sont plus un problème majeur pour les Juifs, elles touchent aujourd’hui bien davantage les Noirs et les musulmans. Un constat qui ne doit toutefois pas en cacher un autre : la montée fulgurante de l’antisémitisme, ces dernières années, en provenance de milieux arabo-musulmans. Cela étant nourri par le conflit israélo-palestinien caricaturé de façon à transformer les Israéliens en coupables absolus. Bien sûr, les critiques envers Israël peuvent être légitimes. Mais lorsqu’on se focalise sur ce conflit, en l’analysant de façon biaisée et outrancière, en s’imaginant qu’une fois celui-ci terminé, tous les malheurs du monde seront résolus, on tombe dans le mécanisme habituel de recherche d’un bouc émissaire, en l’occurrence Israël, alors érigé en « Juif des nations ». Un antisémitisme finalement pas si nouveau puisqu’il recycle les vieux poncifs du 19ème siècle : « si les gens n’ont pas de travail, c’est à cause des Juifs», « les Juifs dominent les nations, les médias », etc.

Les actions du Crif pour faire  interdire certains colloques sur le Proche-Orient ne nourrissent-elles pas ces fantasmes autour du « pouvoir juif » ?

Disons le tout net : le Crif n’a aucun pouvoir coercitif ou d’annulation dans cette République. Et nous n’en voulons pas ! Par contre, nous avons un devoir d’alerte. Notamment lorsque se déroulent à l’ENS ou à Paris 8 des faux débats où les conférenciers invités n’ont qu’un souci : vomir sur Israël. Ces colloques militants n’expriment qu’un point de vue, ils n’ont pas leur place dans un lieu d’enseignement public. Qu’ils se fassent dans un cadre privé !

Bon nombre de colloques universitaires ne garantissent pas le débat contradictoire. Faudrait-il alors tous les supprimer ?

Écoutez, je reste un partisan résolu de la liberté d’expression. Mais quand celle-ci est kidnappée par des militants anti-israélien aux discours manichéens et mensongers, je dis non ! Souvent, ces organisateurs piègent les responsables universitaires en donnant de faux intitulés à leurs conférences pour dissimuler leur contenu véritable : de la propagande en faveur, parfois, de groupes terroristes comme le Hamas ou le Hezbollah. Une fois averties, les autorités, ayant souvent la même conception que nous du débat citoyen, prennent leur décision dans le respect de la pluralité des opinions.

Le Crif a porté aussi des accusations contre des reportages TV, comme celui diffusé sur France 2, fin 2011, dans Un Oeil sur la Planète. Monter au créneau contre telle ou telle émission est-il, selon vous, constructif ?

Mais comment ne pas réagir quand une chaîne aussi sérieuse que France 2 diffuse des informations biaisées propres à diaboliser l’image d’Israël ? Dans ce reportage, j’ai vu un passage où l’on accusait l’armée israélienne de tirer à vue sur des paysans palestiniens. Voilà un pur mensonge qui fait l’amalgame entre des tirs de semonce et des tirs pour tuer. Est-ce un travail respectable de journaliste ? En démocratie, les critiques sont tout à fait normales. Mais elles sont, parfois, d’une telle virulence qu’elles disqualifient leurs auteurs. Quant à moi, je me dois de parler en conscience et lucidité. Si mon discours n’est pas populaire, il est exprimé sans haine et avec la volonté de rechercher la vérité.

Que répondez-vous à ceux qui taxent le Crif d’un virage très à droite ?

C’est un mensonge. Regardez les sites de l’extrême-droite et vous verrez à quel point j’y suis insulté…Que la communauté juive vote en moyenne plus à droite que dans le passé est une réalité historique récente, liée en partie aux dérives antisionistes de l’ultra gauche. Une configuration qui n’est pas forcément éternelle.

Certains reprochent également au Crif son soutien inconditionnel au gouvernement israélien, l’un des plus à droite de l’histoire du pays…

Concernant la politique d’Israël, notre position est claire : nous refusons de prendre partie pour telle ou telle force politique. En tant que président du Crif, je n’aurais aucune légitimité à m’exprimer en contradiction avec un pays élisant ses gouvernants de manière démocratique. Si le gouvernement, là bas, était de gauche, je réagirais de façon identique. A contrario, la lutte, ici, contre la diabolisation d’Israël est tout à fait dans le périmètre d’action du Crif. Qu’on ne compte pas sur nous pour hurler avec les loups ! Néanmoins, quand les réactions israéliennes contreviennent à certaines valeurs (comme lors des expulsions de réfugiés africains) je m’exprime.

Written by MinoriTerres

juillet 13, 2015 at 10:22

Israël-Palestine: une passion française

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« Victime collatérale » du conflit israélo-palestinien, la France doit faire face à des tensions toujours plus vives entre juifs et musulmans sur son territoire. Mais au delà des prises de positions d’ordre communautaire et affective, ces répercussions ne seraient-elles pas symptomatiques d’un malaise plus profond, spécifique à la société française ? Réponses. 

Vivre_la_paix

Colloques sur le Proche-Orient annulés par certaines instances juives, appels au boycott d’Israël lors du Salon du livre 2008, titre de « citoyen d’honneur » attribué par la ville de Paris au soldat Shalit… Des événements qui ont un point commun : ils témoignent de l’impact fort du conflit israélo-palestinien en France. « Au point que des expressions comme ‘importation du conflit’ ou ‘Intifada des banlieues’ ont émergé depuis une dizaine d’années, période où les actes antisémites corrélés à l’actualité proche-orientale sont montés en flèche en France», constate Marc Hecker, chercheur à l’Institut français des relations internationales. Et pour cause: « depuis le début de la deuxième Intifada, survenue en septembre 2000, environ 400 actes antisémites ont été recensés chaque année, soit quatre fois plus que dans les années 90. détaille Jean-Yves Camus, politologue. Et ils sont désormais le fait majoritaire de jeunes d’origine maghrébine.» Insultes, synagogues incendiées, agressions physiques, des actes ayant atteint le millier par an durant les périodes d’actualité chargées au Proche-Orient (guerre du Liban de 2006, opération « plomb durci » à Gaza début 2009…) selon le rapport 2011 du Service de protection de la communauté juive.

«La situation est vraiment intenable pour les Juifs ! Nous avons peur de porter la kippa, rasons les murs… Certains envisagent même de partir vivre à l’étranger », lance Samy Gozlan, président du Bureau de vigilance contre antisémitisme, en rappelant que l’affaire Merah constitue, en la matière, un vrai tournant. «Si le soutien aux Palestiniens est concevable, l’est-il toujours lorsqu’il tourne à la haine d’Israël et des Juifs ?, questionne ce dernier, D’autant que certains justifient l’antisémitisme en arguant notre soutien à Israël. Mais est-ce un crime de manifester un attachement à un pays où nous avons, pour la plupart, de la famille et des proches?» Des propos qui en disent long sur le désarroi d’une communauté largement exposée à un conflit distant de plusieurs milliers de kilomètres.

« Le climat est, certes, préoccupant, mais gare à ne pas dramatiser les choses en invoquant systématiquement l’importation du conflit en France, nuance Marc Hecker, car le degré de violences existant de part et d’autre est loin d’être comparable. Nous n’avons pas d’attentats-suicides ici, poursuit-il en précisant que l’affaire Merah ne saurait créditer la thèse de l’importation du conflit. « Cet événement s’inscrit davantage dans la mouvance djihadiste internationale, basée en Afghanistan, certes hostile à Israël et aux juifs, mais également à l’Occident en général ». En témoigne le meurtre par Mohammed Merah de soldats français, de surcroît, de confession musulmane.

Si l’importation du conflit doit donc être relativisée, force est de constater que cette guerre déchaîne les passions, plus qu’aucune autre. « Car vivent en France les plus grandes communautés juive et arabe d’Europe», rappelle David Chemla, secrétaire européen de JCall, mouvement de citoyens juifs européens militant à la fois pour l’arrêt de la colonisation et la sécurité d’Israël.

Un intérêt passionnel toutefois loin d’être réduit au strict affrontement communautaire. Exemple probant : l’existence au sein même de la communauté juive, d’associations pro-palestiniennes comme l’Union juive française pour la paix. « Depuis 1994, nous militons en faveur des droits des Palestiniens et contre la politique ultra sioniste et d’occupation de l’État d’Israël », confirme Jean-Guy Greilsamer, co-président de l’association. Un engagement pro-palestinien aussi partagé par une frange non négligeable de syndicats et partis de gauche. « Il suffit d’aller aux nombreuses manifestations pro-palestiniennes où trônent aussi bien des drapeaux d’associations musulmanes que ceux des Verts, de la CGT, etc., pour s’en rendre compte », note Marc Hecker. C’est dire la capacité du conflit israélo-palestinien à susciter l’attention de publics hétérogènes. Et pour cause : « Au delà de son caractère asymétrique propre à générer des mouvements de solidarité en faveur de la partie « faible », ce conflit revêt une charge symbolique plus forte encore, analyse Marc Hecker. Caril évoque aussi bien des valeurs telle que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, que des faits historiques « parlant » aux citoyens des pays occidentaux, comme la Shoah, le colonialisme et plus récemment, le terrorisme.»

Autant de références connues de tous qui confèrentà cette guerre régionale, une dimension universelle. Au travers de laquelle deux récits s’opposent : la lecture coloniale et des droits de l’homme, côté pro-palestinien, et celle de la démocratie contre l’obscurantisme islamiste, côté pro-israélien. Un affrontement qui passe par des provocations multiples visant à marquer les esprits, comme les expressions « Sioniste = Nazi » ou « Nazislamisme ».

Cette guerre des mots est d’autant plus forte qu’elle est amplifiée par les médias, véritable caisse de résonance du conflit en France. « En effet, cet affrontement est l’un des plus couverts au monde, rappelle Jérôme Bourdon, sociologue des médias, responsable du département de communication à l’université de Tel-Aviv, ainsi, les médias diffusent en chaîne des images que s’approprient alors les publics». Or, en privilégiant les scènes de violence au détriment des analyses d’experts, « les médias télévisés induisent une compréhension simplifiée et binaire du conflit avec les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Une vision manichéenne qui creuse plus encore cette opposition entre chaque camp. Chacun cherchant alors à imposer ses opinions à l’autre», constate Benjamin Ferron, chercheur à l’université Rennes-1 et auteur d’une thèse sur les stratégies médiatiques des mouvements pro-israéliens et pro-palestiniens. « Résultat : c’est la surenchère perpétuelle, notamment sur les réseaux sociaux, devenus des outils de propagande et de critique pour les militants», complète Jérôme Bourdon. En témoignent les débordements sur le web, obligeant les sites Internet à clore tous commentaires sur le sujet. « Les positions se sont tant radicalisées, qu’elles obligent ceux qui n’ont pas d’avis tranché à se prononcer et, pire encore, à se ranger dans un camp », déplore M’Hammed Henniche, secrétaire général de l’Union des organisations islamiques, en relatant l’affect régnant dans les quartiers populaires sur le sujet.

Une guerre médiatique qui vise aussi les journalistes, pointés du doigt par l’opinion publique pour leur manque d’objectivité. « Le niveau de conflictualité autour du Proche-Orient est tel que la couverture des événements est elle-même sujette à controverse», confirme Benjamin Ferron. C’est pourquoi des militants n’hésitent pas à taxer la presse française d’être 100 % pro-israélienne ou pro-palestinienne. « Alors que dans les faits, c’est bien plus complexe, les positions des médias étant loin d’être unanimes, variant selon les journaux, au regard de leur ligne éditoriale, leur lectorat… Et aussi selon les époques». Des arguments qui ne suffisent toutefois pas à calmer les polémiques. En attestent les accusations du Crif contre un reportage diffusé sur France 2, fin 2011, dans l’émission « Un Oeil sur la Planète », qualifié de mensonger et d’anti-israélien. Une controverse qui rappelle aussi celle survenue en 2000, avec la diffusion d’un reportage sur la mort de Mohammed al-Durah, un enfant palestinien tué par balles. Le film qui pointait la responsabilité de l’armée israélienne dans l’assassinat fut tant critiqué, que son auteur, Charles Enderlin, de confession juive, fut taxé d’avoir « la haine de soi juive ».

« Tous les arguments sont bons pour discréditer les reporters quitte à pointer du doigt leurs origines », dénonce Jérôme Bourdon. C’est dire si les journalistes spécialistes du Proche Orient avancent sur un terrain miné ! « On doit tout le temps se justifier, prouver qu’on n’est pas des menteurs, c’est vraiment fatiguant, confirme Virginie Terrasse, photo-reporter qui a travaillé plusieurs années dans la région. Et d’ajouter: « nombre de journaux ont tellement peur de susciter la polémique, qu’ils pratiquent l’autocensure. Résultat: seuls certains sujets sur le Proche-Orient sont acceptés : ceux sur les juifs ultra orthodoxes, les mères palestiniennes, etc. Au détriment de thèmes plus sensibles, portant sur les frontières ou la colonisation».

Des pressions qui n’épargnent également pas les responsables politiques, dont les déclarations sur le sujet sont tant surveillées que l’enjeu consiste à éviter tout dérapage. Un piège dans lequel tombent pourtant certains. A l’instar d’Eva Joly, candidate écologiste à la dernière élection présidentielle, qui a « approuvé» la comparaison de « Gaza à un camp de concentration à ciel ouvert», prononcée initialement par Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière). Bien qu’elle ait exprimé ensuite ses regrets, l’affaire suscita la colère des représentants de la communauté juive. De la même manière, les propos, en mai 2012, de Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, sur « son lien éternel à Israël, à travers son épouse » suffirent à provoquer, côté pro-palestinien, un tollé sur la toile. Et à le discréditer auprès d’une partie de la communauté musulmane. 

Face à un tel climat d’irrationalité propice aux amalgames, c’est dire la difficulté pour les politiques de ne pas être catalogués dans un camp ou un autre. « Même au sein de la direction du PS, il y a une gêne à évoquer ce sujet sensible qui divise », confie Pascal Boniface, directeur de l’IRIS dont les positions critiques à l’égard d’Israël n’ont pas toujours fait l’unanimité au sein du parti (voir interview). Une raison pour laquelle il en a démissionné en 2001. «Si la gauche française a, en effet, un lien historique avec le mouvement sioniste, celui-ci ayant été porté au départ par des socialistes laïques militant pour l’autodétermination du peuple juif, rappelle Malek Boutih, ex-président de SOS Racisme et membre du bureau national du PS, la position du parti sur le conflit reste toujours la même: la co-existence de deux États». Un avis partagé par Pascal Boniface bien qu’il apporte une nuance : «Le parti reste encore prudent dans ses appels au soutien à la Palestine, et ce, pour éviter toute confusion avec les slogans anti-israéliens scandés par certains militants lors de manifestations. D’où l’absence de cortège socialiste lors des rassemblements de 2009 contre la guerre à Gaza».

Un exemple symptomatique des tabous entourant la question du Proche-Orient en France. « Les gens ont tellement peur qu’ils n’osent même plus s’exprimer sur le sujet », regrette Malek Boutih. Dès lors, l’expression de voix dissonantes au sein de chaque communauté s’avère plus risqué encore. Rony Brauman, ex-patron de Médecin sans Frontières, qui avait signé en 2003 avec d’autres personnalités juives un manifeste pour dénoncer la politique d’Israël, en fait toujours l’amère expérience. « J’ai tellement été sali par les instances juives officielles que je suis devenu persona non grata au sein de la communauté organisée. Le rejet est tellement fort que je ne peux même plus me balader rue des Rosiers, sans craindre de me faire agresser par des membres de la Ligue de Défense Juive ». Même les mouvements pacifistes plus consensuels comme JCall, ne sont pas épargnés par les intimidations. « Attaques verbales, insultes par mail, on est régulièrement taxé de traîtres par les extrémistes des deux bords. Les uns reprochant notre sionisme, les autres, notre position critique à l’égard de la colonisation israélienne », raconte David Chemla. Des positions radicales d’autant plus inquiétantes qu’elles vont crescendo, au fur et à mesure que le conflit s’enlise. «La moindre critique de la politique d’Israël est assimilée, de manière toujours plus systématique, d’antisémitisme tandis que les discours diabolisant Israël s’avèrent de plus en plus courants, le juif prenant alors la figure du colon dominateur», constate amèrement Rony Brauman.

Alors comment mettre fin à un tel cercle vicieux ?« C’est très compliqué, répond le politologue Jean-Yves Camus, d’autant que cette situation tendue est assez spécifique à la France». La raison ? « Le conflit fait écho à des problèmes de fond 100 % franco-français qui dépassent le strict cadre du conflit », répond ce dernier.

Ainsi, le Proche-Orient serait le miroir, plus encore l’exutoire, d’un panel de problématiques structurelles propres à la France, et encore laissées sans réponse… Comme la question post-coloniale, notamment celle de la guerre d’Algérie et de sa mémoire, désormais projetée sur le conflit. «Et pour cause: dans un contexte fort de concurrence mémorielle, les jeunes issus de l’immigration exigent, eux aussi, la reconnaissance des souffrances de leurs ancêtres », poursuit Jean-Yves Camus.Un besoin d’autant plus exacerbé, que les juifs, eux, ont obtenu, à coups de luttes, la reconnaissance de la Shoah, un génocide auquel la France a activement participé. « D’où une condamnation peut être plus unanime aujourd’hui de l’antisémitisme que de l’islamophobie, développe le politologue, une politique du deux poids deux mesures d’autant plus frustrante pour certains enfants d’immigrés, qu’elle s’inscrit dans un contexte où les discriminations à leur égard sont plus courantes qu’envers les juifs, auxquels ils prêtent, de plus, une situation privilégiée». Autant de mécanismes qui favorisent, dès lors, l’identification irrationnelle de certains jeunes à la souffrance des Palestiniens, devenus l’emblème des « musulmans opprimés ». Les banlieues françaises étant alors assimilées, dans leur imaginaire, aux territoires palestiniens. « De la même manière, de nombreux juifs, persuadés qu’ils n’ont plus d’avenir en France, s’identifient aux israéliens, souligne Jean-Yves Camus, alors que paradoxalement s’épanouit dans l’Hexagone une vie juive des plus dynamiques depuis les années 70». Des identités fantasmées «d’autant plus regrettables, selon M’hammed Henniche, qu’elles nous empêchent d’avancer les uns et les autres et de traiter des vrais problèmes existant en France tels que les inégalités, les discriminations, la place de la religion, etc.»

La fin deces débordements identitaires doit-elle donc passer par un arrêt des prises de positions sur le conflit ? « Certainement pas !, répond Samia Hathroubi, fondatrice de JEM EGO, Juifs et Musulmans Ensemble Génération Ouverte, nous avons tous besoin d’exprimer notre opinion. Mais apprenons à échanger avec du recul, malgré nos attachements identitaires ! Et ce, en gardant en tête que notre quotidien est ici et pas là bas». Et c’est pour favoriser une telle prise de distance, que l’association a mis en place des ateliers, visant à créer de nouvelles méthodes pour parler du sujet. « Une manière aussi du créer du lien entre ces deux communautés qui se connaissent finalement assez mal aujourd’hui encore», conclut la fondatrice. 

Article paru dans Respect Mag numéro spécial 100 % Juifs de France (octobre 2012) 

Arméniens, grecs, kurdes ou la difficile « question turque »

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Comme bon nombre d’Etats orientaux, la Turquie, en tant que nation, s’est constituée sur fond de nettoyage ethnique et religieux. Et ce, à l’encontre de ses minorités, qu’elles soient chrétiennes ou kurdes. Alors que l’oubli et le rejet de tout travail de mémoire caractérisent encore la société turque actuelle, comment mettre fin à ce système fondé sur le négationnisme ? Réponses.

S’il y a bien un pays musulman qui semble assumer sans complexe son héritage chrétien, c’est sans aucun doute la Turquie. Il suffit de se rendre dans ce pays singulier à cheval entre l’Europe et l’Asie pour constater l’ampleur du patrimoine « orthodoxe » (et volontairement bien conservé) de cette nation musulmane. Rien qu’à Istanbul, quelques centaines d’églises orientales, les plus anciennes du monde, coexistent encore avec les innombrables mosquées ottomanes de la cité. La cathédrale Sainte Sophie, visitée par environ trois millions de touristes par an, représente à elle seule le meilleur reliquat de l’empire Byzantin (empire romain d’orient) qui a subsisté pendant presque mille ans dans la région (jusqu’à la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453).

Intérieur de la cathédrale Sainte Sophie. Les sourates en arabe à côté d'une représentation de Marie et Jésus témoignent de la singularité de cette ancienne église devenue mosquée à partir du 15ème siècle.

Intérieur de la cathédrale Sainte Sophie. Les sourates en arabe à côté d’une représentation de Marie et Jésus témoignent de la singularité de cette ancienne église devenue mosquée à partir du 15ème siècle.

Homogénéisation de la société

Si l’héritage chrétien de la Turquie est plus que jamais valorisé par les autorités, quid de la politique du gouvernement vis-à-vis des communautés non musulmanes du pays? Voilà une problématique autrement plus complexe, tant la question des minorités, notamment chrétiennes, reste encore un sujet sensible en Turquie. Et pour cause: comme le souligne le journaliste Ali Bayramoglu sur le site turc d’information Yeni Safak, « Chez nous, en Orient, la formation de bon nombre d’Etats-nations s’est faite sur fond de nettoyage ethnique et religieux, et d’homogénéisation de la société. Les Etats issus de ce processus perpétuent d’ailleurs un système fondé sur une politique négationniste, sur l’oubli et le rejet de tout travail de mémoire».

Le collège orthodoxe Phanar situé dans Balat, l’un des anciens quartiers grecs d’Istanbul témoigne d’une présence chrétienne désormais oubliée.

Une déclaration coup de poing qui en dit long sur les parts d’ombres entachant encore l’histoire de la Turquie moderne. En effet, les conditions même de création de la république turque en 1923 (traité de Lausanne) sur les décombres de l’empire Ottoman suscitent toujours moult débats, « tant le pays s’est institué à l’encontre de près de la moitié de sa population qui n’était guère turque », raconte la journaliste Sophie Shihab dans un article paru dans l’Atlas des Civilisations (édition 2012). Et pour cause : qu’il s’agisse des Arméniens, Juifs ou Grecs orthodoxes (les trois groupes minoritaires mentionnés par la République turque de Mustafa Kemal), sans oublier les Kurdes, les Alévis, les Syriaques… : toutes ces populations furent alors persécutées ou contraintes à l’exil tout au long de la période dite « républicaine » en Turquie (années 20 et 30).

Massacres de Kurdes alévis

Vue sur l’une des synagogues de Karakoy, un des quartiers d’Istanbul où d’importantes communautés juives s’épanouirent par le passé.

Certes, si le territoire turc reste encore une mosaïque ethnique (60 000 Arméniens, 25 000 Juifs, 25 000 assyro-chaldéens, 2 500 Grecs orthodoxes, etc. y vivent), comment faire l’impasse sur les terribles évènements ayant succédé à la création la république : expulsion des Juifs de Thrace (partie européenne de la Turquie) en 1934, massacres des Kurdes alévis commis par l’armée turque en 1937-1938 dans la région du Dersim, pogroms de 1955 visant les Grecs, les Arméniens et les Juifs d’Istanbul, spoliation des biens des Grecs en 1963, etc. ?

Autant de violences qui font largement écho aux terribles épurations ethniques menées à leur paroxysme, lors de la période pré-républicaine, contre les Arméniens, dont le génocide de 1915 à 1923 constitue le point culminant. Une catastrophe encore taboue et niée en Turquie, tant elle impacte sur la conscience et l’identité nationale turque. Plus encore, « elle remet en question les fondements même de la république moderne », commentait alors Anna Zeytinjolglu, co sénariste du film « Le fils du marchand d’olives », lors de l’émission « Parlez moi d’ailleurs » diffusée le 3 mai sur la chaîne LCP.

Pluralité des opinions

Les églises rupestres de Göreme (Cappadoce), taillées dans la roche autour du Xème siècle, abritent de magnifiques fresques. Elles furent longtemps un lieu de pèlerinage pour les Grecs et les Arméniens qui vivaient à proximité.

Si le déni d’un tel génocide est largement diffus dans la société turque, il n’empêche toutefois pas les prises de position individuelles plus « discordantes ». Comme celle du chroniqueur Ali Bayramoglu, l’un des quatre intellectuels à avoir lancé, le 15 décembre 2011 sur Internet, une pétition d’excuses aux victimes des massacres de 1915, soutenue à ce jour par plus de 25 000 personnes. C’est dire si les courants anti-négationnistes sont loin d’être inexistant en Turquie. Il suffit de se rappeler la vague d’indignation qu’avait suscité au sein d’une partie de l’opinion publique, l’assassinat en 2007 du célèbre journaliste arménien turc Hrant Dink (commandité selon son avocate Fethiye Cetin par le gouvernement turc lui-même) pour s’en rendre compte.

Cette pluralité des opinions ne doit toutefois pas éclipser une autre réalité : la prévalence d’un nationalisme turc très fort, entretenu par l’AKP, parti de la justice et du développement aujourd’hui au pouvoir, dont les relents anti-arméniens restent vivaces. Preuve de ce nationalisme ambiant : l‘organisation en février dernier d’une manifestation contre le massacre d’Azeirbadjanais par des Arméniens à Istanbul (en référence au conflit au Haut Karabagh). Une foule de 20 000 personnes brandissant des drapeaux turcs et azerbaïdjanais, venue à l’appel d’associations d’amitié entre les deux pays turcophones et de partis d’extrême droite ou islamistes, s’était alors réunie sur la Place Taksim, aux cris de «Stop à l’agression arménienne».

Un seul tabou : le génocide arménien

Ici à Kayakoy (où trônent les vestiges d’un village grec) et partout ailleurs en Turquie où vivèrent des non-musulmans, les traces d’un passé chrétien subsiste.

Une manifestation lors de laquelle la France, qui venait de voter la loi pénalisant la négation du génocide arménien, fut également conspuée. En effet, cette loi qui sanctionne d’un an de prison et 45.000 euros d’amende la négation de tous les génocides reconnus par la France, dont celui des Arméniens, suscite aujourd’hui encore l’ire de la Turquie. Son président n’avait pas alors hésité à la qualifier de « raciste ». Sans oublier les critiques unanimes de la presse turque. Même de la part des journaux hostiles à l’AKP : « La classe politique française n’a pas compris qu’en adoptant ce texte, elle ne contribue pas à éclairer l’histoire mais qu’elle retarde au contraire ce processus et nourrit les discours de haine. Alors qu’elle essaie de dépasser ce traumatisme hérité de son histoire, la société turque va, dans ce contexte, connaître une régression. De ce point de vue, on peut dire que la classe politique française a fait du mal à la société turque et qu’en plus, en retardant le processus de rapprochement entre Turcs et Arméniens, elle a aussi fait du mal aux Arméniens », a alors dénoncé Okay Gönensin, éditorialiste libéral dans le quotidien Vatan.

Dans ces conditions, difficile d’imaginer, à court terme, l’émergence d’une nouvelle Turquie débarrassée de tout négationnisme. Pourtant certains observateurs, plus optimistes, veulent y croire. A l’instar d’Ali Bayramoglu qui voit dans les excuses faites fin 2011 par le Premier ministre Erdogan aux Kurdes alévis pour le massacre commis en 1937 « un espoir pour les Arméniens et aux minorités spoliées de voir leur droits reconnus ». Espérons qu’il dise vrai…

« Sannois, ce n’est pas une ville d’extrême droite »

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Ville de banlieue réputée calme et paisible, Sannois, commune nichée au coeur du 95 (Val d’Oise), contraste largement avec sa rivale, Argenteuil, située à proximité, plus animée mais aussi plus agitée. Quelques jours après le premier tour des présidentielles, reportage d’ambiance au sein d’une cité « à la campagne » où cohabitent jeunes et vieux, français de souche et ceux issus de l’immigration.    

La politique du maire UMP de Sannois, Yannick Paternotte, s’est centrée sur l’agencement d’un centre ville « préservé » et « protégé ».

Dans le centre de Sannois, ville « à la campagne » d’environ 26 000 habitants, nichée au cœur de la vallée de Montmorency (Val d’Oise), se juxtaposent grands immeubles et petites maisons résidentielles. Un contraste,  qui à première vue ne saute pas aux yeux, tant la politique du maire UMP, Yannick Paternotte, s’est centrée sur l’agencement d’un centre ville « préservé » et « protégé ». « Les grands immeubles, près de la mairie ont, en effet, été rénovés, et des grillages ont été installés un peu partout pour mettre fin aux allées et venues », explique Rachid, ex-sannoisien, étudiant à l’Essec. Le jeune homme, qui habitait, il y a quelques années encore, à Sannois, dans ce qui s’appelait auparavant « la cité du centre » a aujourd’hui déménagé à Argenteuil.

« A coté d’Argenteuil, Sannois c’est le grand luxe » 

« Difficile de dire si le quartier où j’ai grandi était vraiment une cité, ce mot est tellement connoté négativement aujourd’hui…, confesse le jeune homme, en tout cas, il est clair que j’ai pas vécu dans la partie la plus friquée de la ville, même si comparé à certains endroits d’Argenteuil, ce fut quand même le grand luxe»,  détaille-t-il, en rappelant qu’il aime revenir dans la ville de temps en temps pour revoir ses proches et aussi pour voter, comme ce fut le cas dimanche dernier. « J’ai voté socialiste pour ce premier tour », déclare-t-il, tout en avouant ne  « pas être en désaccord » avec tous les propos de Nicolas Sarkozy concernant les banlieues.

Car si Sannois est réputée comme une ville paisible, bien plus à « l’abri » des problèmes de banlieue, que sa rivale Argenteuil, le maire de la ville, lui même, n’a pas hésité à fustiger dans ses communiqués les incivilités de certains jeunes. S’agirait-il par hasard de ceux assis sur des marches, près de la mairie, demandant aux passants des clopes  ? Ils semblent effectivement exaspérer  le voisinage. « Un adolescent s’est fait agresser l’autre jour parce qu’il a refusé de donner son téléphone portable à un voyou » raconte en colère une vieille dame habitant dans un quartier pavillonnaire à deux pas des grands immeubles du centre ville. « Il n’y a qu’une rue à franchir pour se retrouver parmi ces jeunes » renchérit la dame, qui refuse de dire pour qui elle a voté dimanche dernier, tout en déclarant ne pas être de gauche.

Les cités reléguées en périphérie

«  Hormis le centre qui est un peu mixte, c’est la même logique un peu partout dans cette ville : la mairie a laissé les cités s’installer à la périphérie », analyse avec plus de recul Florian. Ce jeune qui travaille en intérim, habite à une demi heure à pied du centre, dans une grande maison coincée entre la cité Verte et la cité Soleil où resident essentiellement des familles issues de l’immigration. Il a lui aussi voté pour François Hollande. « On n’a jamais vraiment eu d’emmerdes içi. A part un ou deux vols de portables, Sannois est une ville plutôt calme. Le vrai problème c’est qu’il n’y a absolument rien à faire içi, surtout dans mon quartier. Pas de commerces, pas de services publics, rien. Je me demande même si les vieux sarkozystes qui habitent dans les maisons en face, autant que les jeunes qui habitent dans les cités à côté, ont déjà mis un pied à Paris », développe ce dernier.

Plus près du centre ville, derrière la gare, se dresse un autre quartier, ultra cossu, qui se veut le plus riche de la ville. Les propriétés gigantesques, cachées derrières de hauts portails, s’y succèdent les unes aux autres. Pourtant juste à proximité, à la limite de Saint Gratien et d’Argenteuil, se dresse la cité des Buissons. Un tout nouveau décor, présentant des tours particulièrement délabrées, s’impose. Il y a plusieurs années, des mecs issus de cette cité, s’étaient même battus avec ceux des quartiers résidentiels. L’objectif était de leur piquer leurs vélos. «Même si ils ne vivent pas ensemble ces jeunes se connaissent tous, car ils sont sectorisés dans la même école, indique un habitant du quartier, mais de plus en plus de familles aisées du coin préfèrent désormais inscrire leurs enfants à Notre-Dame, l’école privée du centre».

« A mort Le Pen, A mort les Juifs »

Dans ces quartiers résidentiels, Sarkozy est largement arrivé en tête au premier tour à en croire le dépouillement de dimanche dernier. Il y a dix ans, en 2002, c’était le Front national qui avait atteint un taux record, tous quartiers confondus de la ville, se plaçant en deuxième place, loin devant le PS. « Mais cette ville n’est pas d’extrême droite » assure Florian. Il est vrai que dans le souterrain de la gare, on a vu inscrit, il y a un petit moment de cela, en caractères très visibles « A mort Le Pen » suivi de… « A mort les Juifs ». Le lendemain, le maire de la ville s’était empressé de tout faire disparaître.

Written by MinoriTerres

avril 24, 2012 at 9:55

Israël sous les roquettes, la diaspora juive en alerte

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Chaque année, des Juifs du monde entier viennent visiter les villes israéliennes bombardées à partir des territoires palestiniens. Retour sur une journée « humanitaire » à Sdérot, commune frontalière de la bande de Gaza, qui a vécu sous les roquettes pendant plusieurs années. Jusqu’à ce que l’opération « plomb durci » menée par l’Etat hébreu, début 2009, y mette un terme.

Une jeune israélienne contemple les débris de roquettes qui ont été envoyées sur Sdérot. Au 23 novembre 2007, 6311 roquettes s’étaient abattues sur la ville en 23 ans.

Le silence règne sur la ville de Sdérot. En ce matin de janvier 2008, le froid se fait presque sentir dans le sud d’Israël. Un ciel dégagé laisse cependant deviner quelques rayons de soleil, éclairant largement cette petite localité de près de 20 000 habitants, située à 2,5 kilomètres de la bande de Gaza. Dans cette ville israélienne typique, dite de « développement », cohabitent pêle-mêle des Juifs du Yémen, d’ex-URSS ou d’Afrique du Nord, résidant pour la plupart, dans de petites maisons blanches, simples, et étrangement identiques les unes aux autres. Identiques tant par leurs aspects délabrés, que par leurs attirails ultra sophistiqués, tels que des toits blindés ou des fenêtres en fer. « A Sdérot, même les terrains de sports sont recouverts de murs de protection » explique un guide touristique israélien en s’adressant à un groupe de jeunes juifs français, venus en Israël via un programme communautaire appelé « Découverte » (« Taglit » en hébreu). Dans ce cadre, ils visitent la « Terre Promise » et participent, entre autres, à des journées « d’action humanitaire » dont une consacrée à la ville de Sdérot. L’objectif: les sensibiliser au dur quotidien de cette commune, devenue l’un des malheureux symboles du conflit israélo-palestinien. Et pour cause, entre 2001, début de la deuxième Intifada, et 2009, Sdérot a été la cible privilégiée des roquettes du Hamas et du Djihad Islamique, de par sa proximité géographique avec Beit Hanoun, une ville de la bande de Gaza d’où sont lancés ces engins artisanaux. Chaque jour, des roquettes ont été tirées, coûtant la vie à des dizaines de personnes ou blessant gravement de nombreuses autres. « Malgré toutes les protections mises en place, certains habitants n’ont malheureusement pas eu le temps de se réfugier dans les abris, une fois le code rouge (« Tseva Adom » en hébreu) déclenché », raconte tristement le guide touristique.

Impact d’une roquette dans une rue de Sdérot. Lorsque les « qassams  » envoyées par le Hamas s’écrasent au sol, elles peuvent projeter des billes de plomb et des éclats de shrapnell sur quelques dizaines de mètres.

« Nous vivons dans la peur »

A l’occasion de cette journée, les jeunes français viennent donc déambuler dans les rues de la ville pour constater les dégâts laissés par les roquettes palestiniennes « qassam ». Le clou du programme : la visite d’une école pour y peindre avec les enfants, des fresques, et leur offrir des petits cadeaux. « Hier encore trois roquettes ont été tirées, nous vivons dans une peur constante », déclare la directrice de l’établissement, avant d’ajouter: « aussi, le soutien de tous ces juifs de la diaspora constitue pour nous un grand réconfort. Leur présence est très importante car nous faisons tous partie du même peuple ». D’origine marocaine, cette femme, d’une cinquantaine d’années, a quitté Casablanca dans les années soixante dix, pour faire son « aliyah » (montée vers Israël). Elle habite depuis une trentaine d’années à Sdérot. Malgré ce quotidien difficile, elle ne cherche pas à déménager ailleurs. Tout comme la plupart des habitants de la ville. Mais pourquoi une telle résignation? Pour comprendre un tel comportement, il faut se pencher sur l’histoire de ces immigrants, issus pour la plupart de pays pauvres : largement « encouragés » par l’État d’Israël à venir peupler les villes de « développement » comme Sdérot où le chômage caracole à 40 %, ils ont pu y acheter une maison pour une bouchée de pain. Des logements malheureusement aujourd’hui invendables, condamnant ces familles sans ressources à croupir à Sdérot.

Des difficultés économiques et sociales

On l’aura compris, au delà des tirs quotidiens de roquettes, les habitants de cette ville, dont une bonne part vit sous le seuil de pauvreté (moins d’un dollar par jour), doivent faire face à des difficultés économiques et sociales particulièrement lourdes.  Et si les dirigeants d’un pays « développé » comme Israël n’ont, pour l’heure, pas daigné s’atteler à ce problème, c’est parce qu’ils ont d’abord privilégié un autre chantier: ramener un semblant de sécurité dans la ville. Et ce, en employant la manière forte. En effet, faut-il rappeler que l’opération « plomb durci », menée par Israël début 2009, était, entre autres, destinée à mettre fin aux tirs de roquette sur Sdérot? Une incursion, qui a, depuis, permis aux habitants de retrouver une certaine tranquillité. Mais à quel prix? En effet, comme les médias internationaux l’ont rappelé à l’unisson durant toute l’année 2009, environ 1 400 palestiniens, dont 400 enfants, ont perdu la vie lors de cette incursion sanglante, générant, in fine, une nouvelle flambée d’antisionisme à travers le monde. D’autant que cette opération, critiquée à juste titre par la communauté internationale, est loin d’avoir apporté la paix à Israël. En effet, le sud du pays est toujours la cible de roquettes, envoyées sporadiquement par le Hamas. Si elles ne s’écrasent plus sur Sdérot, elles poursuivent leur direction plus loin, jusqu’à Ashdod et Ashkelon, entamant le quotidien d’autres civils. Des hommes, des femmes et des enfants qui vivent désormais eux aussi au rythme des sirènes. En représailles, Tsahal, l’armée israélienne, n’a pas tardé à réagir. Elle lance en ce moment même de nouvelles incursions à Gaza. Avant qu’une autre « opération » de grande envergure, ne vienne prendre le relais.

Vue sur Gaza, séparé par seulement 2,5 kilomètres de Sdérot (Israël). Lors de l’opération « plomb durci » menée début 2009 par Tsahal, environ 1300 palestiniens ont perdu la vie dont plus de 400 enfants.

Written by MinoriTerres

octobre 11, 2010 at 6:41