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Le soufisme, quand le mysticisme illumine l’islam !

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kabir

Voilà un courant de l’islam un peu moins inconnu en France depuis que le rappeur Abd al-Malik s’en réclame. Le soufisme, branche mystique de l’islam organisée en confréries implantées partout dans le monde, a une particularité: faire valoir une forme apaisée de religion. En effet, contrairement à l’islam orthodoxe (salafiste ou wahabiste) davantage dogmatique, le soufisme se distingue par l’importance de la méditation, une démarche encadrée par un maître qui guide les disciples jusqu’à l’union à Dieu.

« Pour nous, l’islam n’est que le premier degré d’une voix menant à l’excellence. Certains y trouvent une paix intérieure qui favorise la paix avec les autres», détaille Isabelle, musulmane convertie, appartenant à la confrérie Alaouia, fondée à Mostaganem, en Algérie, il y a environ un siècle. « Le soufisme est rentré dans ma vie un peu par hasard, confie cette dernière, depuis il m’a permis de me reconnecter avec moi-même »,. Marbouha, pratiquante française d’origine algérienne, appartenant à la même confrérie, décrit sa vie de soufie au quotidien : « Je pratique chaque matin et soir le wird, des récitations en louange au prophète et à Dieu. Lors de réunions hebdomadaires, nous pratiquons aussi le Dhikr, des appels incantatoires pour purifier l’âme. Enfin, quelques fois dans l’année, nous nous retrouvons en petits groupes dans un endroit retiré pour effectuer des retraites spirituelles ». 

Autant de rassemblements qui mêlent hommes et femmes de toutes origines : maghrébine, subsaharienne… « Au delà de la quête de sagesse et de connaissance, nous voulons diffuser un vrai message d’amour et de tolérance favorisant le vivre ensemble, complète Isabelle, cela étant, le soufisme est encore peu connu des musulmans de France qui associent parfois notre mysticisme à de l’idolâtrie ». Encore marginalisé par l’islam « officiel », ce courant discret est aussi peu présent dans le champ médiatique saturé par l’actuel climat islamophobe, ainsi que par les courants salafistes qui phagocytent l’image de cette religion. Tout cela semble aux antipodes des valeurs d’ouverture et de spiritualité du soufisme qui gagneraient à être véhiculées plus largement dans ce contexte de radicalisation fruit d’un climat social tendu. A chaque soufi anonyme de trouver un moyen pour cela !

 

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Written by MinoriTerres

mars 31, 2017 at 8:41

L’enseignement des faits religieux, clé du vivre ensemble

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Les tragiques événements de janvier et novembre 2015 ont remis la question sur le tapis : faut-il imposer l’enseignement des faits religieux à l’école pour couper court aux préjugés racistes et dérives sectaires ? Une hérésie, selon les tenants d’une laïcité dogmatique. Loin des querelles idéologiques, quelques initiatives émergent sur le terrain.

fait-religieux

Les animateurs rappellent les règles du jeu : «Si vous trouvez la réponse, vous ferez gagner trois points à à votre équipe. Premier indice : c’est une ville importante pour les chrétiens. Elle est en Italie». Les enfants notent illico sur leurs cahiers, se concertent, puis lèvent fébrilement la main pour répondre. La scène se déroule à l’école Maurice d’Ocagne, dans le 14e arrondissement de Paris. Des élèves de CE2 jouent à l’Arbre à Défis, un jeu conçu par l’association Enquête comme une initiation ludique au fait religieux et à la laïcité. Une démarche qui n’a rien d’anodin tant elle soulève un débat remis à l’ordre du jour de nos décideurs politiques depuis les attentats de janvier et novembre 2015 : faut-il favoriser une éducation laïque aux faits religieux ? Avancé comme une nécessité par le gouvernement qui a multiplié les annonces en la matière (voir encadré), le déploiement d’un tel enseignement n’est pas une affaire neuve. Il constitue depuis plusieurs années le cheval de bataille de quelques associations. Comme Enquête, qui travaille depuis 2010 à la création d’outils éducatifs «permettant aux enfants d’appréhender la question des religions et des origines sur un mode apaisé, dans un environnement qui ne l’est pas toujours», développe Marine Quenin, déléguée générale de l’association.

Rien d’étonnant à ce que le multiculturel XIXème arrondissement constitue l’un des terrains de prédilection de la structure. Elle y organise un atelier pour des élèves de primaire dans un centre social, rue de Crimée. «Au départ, il fallait gérer quelques résistances et amalgames de la part des enfants, relate Coline Pelissier, animatrice de l’atelier. Grâce au dialogue, j’ai fini par les convaincre.» Ressenti identique chez Lola Petit, doctorante à l’EPHE, École pratique des hautes études, en charge d’une thèse sur l’enseignement des faits religieux et de la laïcité en partenariat avec Enquête. «Sur le terrain, on voit qu’il faut déconstruire pas mal d’idées reçues, notamment cette logique du nous contre eux parfois très ancrée», constate la chercheuse qui anime un atelier expérimental avec cinq adolescentes de quatrième, du quartier de Belleville. Elles y réalisent un travail de recherche sur la thématique de leur choix : Pourquoi existe-t-il des jours fériés chrétiens dans la France laïque ? Deux participantes, Imenne et Djenneba, racontent leur expérience : «On trouvait injuste qu’il n’y ait pas de jours fériés venus des autres croyances. Ca nous permet de mieux connaître l’histoire de France et des autres religions. Et de voir des points communs avec l’islam, notre religion, celle qu’on connaît le mieux». 

Mais, en dépit d’un fort contexte islamophobe, ces ateliers seraient-ils uniquement voués à l’éducation et la sensibilisation de jeunes musulmans des quartiers populaires ? Voila une question que l’on doit se poser, tant la ghettoïsation d’un tel enseignement risquerait de dévoyer la vocation même de la démarche, à savoir, couper court au préjugés racistes. Si on laisse penser, après les attentats de Paris, que seuls les musulmans ont des difficultés à appréhender le pluralisme, ne crée-t-on pas, in fine, plus de stigmatisation encore, dans une France gangrenée par la montée de l’extrême droite ? «C’est loin d’être notre objectif, commente la déléguée générale d’Enquête, qui milite précisément pour désenclaver cet enseignement. Oui la promotion de la mixité devrait concerner tout le monde. Toutefois, nous ne sommes pour l’heure majoritairement financés que pour agir dans les quartiers politique de la Ville où résident des populations souvent de confession musulmane». Ainsi, sur les quinze ateliers dispensés par Enquête, quelques uns seulement se déroulent dans des quartiers majoritairement «blancs».

Alors comment combler un tel hiatus ? «Pour démocratiser cet enseignement, la gageure serait de l’imposer dans toutes les écoles et non plus le réserver, comme aujourd’hui, à un cadre péri ou extra scolaire», répond Marine Quenin. Ce qui n’est pas une mince affaire ! Surtout dans un pays qui commence tout juste à prendre conscience de l’enjeu d’un tel chantier éducatif. On l’aura compris, le débat porte moins sur la légitimité de cet enseignement, malgré quelques levées de boucliers, que sur son contenu véritable (voir encadré) ainsi que son mode de déploiement au sein de l’école : faire participer les seuls établissements volontaires ?

Autre question phare : faut-il faire de cet enseignement une matière à part ou, au contraire, le connecter à d’autres disciplines (français, histoire…) pour qu’il soit plus parlant aux élèves ? «Pour l’heure, l’importance accordée aux faits religieux dans les programmes reste limitée avec un manque de cohérence et de continuité d’une année sur l’autre», constate Philippe Gaudin, agrégé de philosophie, et responsable de formation à l’Institut européen des sciences des religions. De quoi faire réagir Michel Lussault. Pour le conseiller supérieur des programmes, un tel enseignement existe déjà : «Les faits sont inculqués, notamment au collège, dans le cadre des cours d’histoire, de français ou d’art». Un constat nuancé par Philippe Gaudin : «Cet enseignement reste fragmenté, particulièrement en histoire, à l’occasion de leçons sur la naissance des grands monothéismes, contrairement à d’autres pays européens plus enclins à traiter de telles questions au sein d’une discipline spécifique ayant une dimension anthropologique ou éthique». La cause ? L’histoire même de l’école française, celle de Jules Ferry «qui s’est construite sur une séparation stricte avec la religion. De quoi générer, aujourd’hui encore, une méfiance d’une part de la classe politique et du corps enseignant à l’égard d’une véritable éducation -même- laïque au fait religieux», déplore ce dernier, rappelant que la laïcité n’interdit en rien un tel apprentissage.

Autre élément clé du débat : faut-il restreindre cet enseignement au collège et lycée ou l’intégrer dès l’école primaire comme le préconise Enquête ? «Oui, il faut l’initier dès l’âge de sept ans environ, confirme Marine Quenin, quand les enfants ont encore plus de questions que de certitudes. À la préadolescence, période d’affirmation, il est déjà trop tard». Certains établissements ont pris à bras le corps un tel chantier à l’instar de l’école élémentaire du 17 rue de Tanger (XIXème arrondissement) qui initie aux faits religieux et à la laïcité dès le… CP ! Dans la classe d’Aurélien Brendel, professeur des écoles impliqué dans la démarche, les enfants de six/sept ans ont bénéficié début 2015 d’un atelier hebdomadaire mêlant séances de lecture, analyse d’œuvres d’art et discussions philosophiques sur les récits de création grecs, égyptiens, sans oublier ceux de la Bible et du Coran. «Exit le cours magistral, c’est un moment d’échanges où les élèves -assis en rond- peuvent interagir librement et développer leur esprit critique sur un sujet aussi passionnel et intime que les croyances religieuses», commente le professeur des écoles, rappelant que ce projet l’a aussi aidé à se remettre en question. «En tant qu’athée, j’ai développé un tel discours critique vis-à-vis des religions que j’ai fini par associer laïcité à rejet du religieux. Une analyse erronée ! Aujourd’hui, j’ai appris à me sentir légitime pour aborder ce sujet en classe».

Pour que les enseignants dépassent leurs craintes et a priori face à un enseignement si complexe, encore faut-il les accompagner sur le terrain ! Un appui essentiel dont a pu profiter Aurélien Brendel, au travers d’outils pédagogiques élaborés par le directeur de l’école primaire, Laurent Klein, initiateur du projet. «Les profs ont besoin d’être formés à ces sujets très tabous, dont ils n’oseront pas s’emparer naturellement alors qu’il constitue, pourtant, une clé du vivre ensemble», rappelle le directeur qui, depuis plusieurs années, bataille aux côtés de l’inspectrice de la circonscription 19D, Mariannick Dubois Lazzarotto, pour impulser cette prise de conscience au sein du corps enseignant. À Paris, elle a été la première inspectrice de l’Éducation Nationale à proposer des modules sur l’enseignement laïc des faits religieux dans la formation officielle des instituteurs et des professeurs d’école. Plus encore après les attentats de janvier, elle a organisé avec les moyens du bord une formation en urgence. «J’ai convoqué les directeurs et enseignants de ma circonscription pour leur rappeler avec force la nécessité de s’atteler à cet enseignement qui intéresse les enfants, mais fait encore trop peur aux adultes». Sans doute un premier pas vers une laïcité plus inclusive…

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décembre 31, 2016 at 12:28

Inde : le malaise identitaire derrière les tensions religieuses

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Pays majoritairement hindou, l’Inde est loin d’avoir apaisé les relations avec sa minorité musulmane, l’une des plus vieilles et importantes au monde. Si les récentes attentats à Hyderabad témoignent des tensions inter-religieuses régnant entre les deux communautés, ils attestent surtout du malaise identitaire profond affectant encore le pays de Gandhi.

 « It’s ok, it’s fine ». Voilà comment Kala, une indienne d’une quarantaine d’années, vivant à Mandawa, petite bourgade du Shekawathi dans le Rajasthan, qualifie les relations régnant entre hindous et musulmans de son quartier. Majoritairement hindoue, cette commune, comme la plupart de celles du Rajasthan, Etat frontalier du Pakistan, compte, en effet, une importante communauté musulmane disposant de ses propres lieux de culte. « Nous n’avons  pas de problèmes majeurs avec eux », poursuit la femme hindoue, propriétaire d’une des plus belles havelis de la ville (ex-riches demeures de marchands rajpouts), décorées de peintures en or représentant les dieux majeurs de l’hindouisme, de Shiva à Vishnu.

Des musulmans en prière à mosquée Jama El Masjid de Delhi. La communauté islamique indienne serait forte de 900 000 âmes.

Des musulmans en prière à mosquée Jama El Masjid de Delhi. La communauté islamique indienne serait forte de 900 000 âmes.

Discours similaire dans la bouche des musulmans de la ville. « Il n’y a aucun souci ici. On vit tous très bien ensemble car on se sent indien avant tout ! Moi-même, je ne suis pas très religieux. C’est assez rare quand je vais à la mosquée », confie Akbar, tailleur, propriétaire d’une boutique dans un quartier musulman plus modeste où les habitants s’habillent davantage à l’indienne qu’en tenue islamique.

Modèle séculier

A en croire ces témoignages dépourvus de ressentiment ou d’hostilité, les relations entre hindous et musulmans dans le Rajasthan semblent plus que jamais au beau fixe. Et pour cause : si l’Inde a instauré l’application d’un modèle séculier dans tous ses États (reconnaissant toutes les religions de façon égalitaire), c’est justement pour éviter les conflits inter-commmunautaires. Pourtant, cette stratégie est loin d’avoir suffit à endiguer, ça et là, les tensions entre pratiquants de l’hindouisme (première religion du pays avec 900 millions de fidèles) et adeptes de l’islam (environ 100 millions, soit 10 % de la population totale) entachant régulièrement l’actualité du pays.

« Les tensions inter-religieuses, voire le terrorisme musulman, c’est le problème numéro un de l’Inde, avec la corruption », proclame Ravi, étudiant en comptabilité, vivant désormais à Delhi. En témoignent justement, les attentats du 22 février dernier à Hyderabad commis par un groupuscule musulman et ayant causé 16 victimes parmi les hindous. «Ces violences se cristallisent toujours autour du problème persistant du Cachemire qui oppose notre pays au Pakistan », déplore Ravi.

En effet, rappelons que l’Inde était particulièrement en alerte depuis l’exécution, le 7 février, d’un musulman séparatiste du Cachemire, condamné à mort pour sa participation à l’attaque meurtrière contre le Parlement de New Delhi en décembre 2001, qui avait failli déclencher un conflit avec le Pakistan. On l’aura compris, derrière ces actes terroristes, se tissent toujours en toile de fond les tensions géopolitiques récurrentes entre l’Inde et le Pakistan, loin d’être résolues. Et elles jettent régulièrement le trouble dans les relations entre Indiens hindous et musulmans.

Rhétorique anti-islam

Toutefois, les tensions inter-communautaires régnant en Inde ne seraient être imputables au seul Pakistan voisin. « Ce problème est avant tout indien », confie Ravi.  C’est pourquoi, au delà du terrorisme, ces tensions prennent d’abord la forme d’émeutes bien plus courantes mais peu médiatisées (comme à Bombay en 2003), de destructions de mosquées, voire de progroms anti-musulmans (celui du Gujarat en 2002, etc.). « Au quotidien, les rapports entre chaque communauté restent distants. Disons qu’on est chacun sur nos gardes. C’est un peu comme la guerre froide », analyse Ravi. Un climat d’hostilité entretenu, de plus, par la rhétorique actuelle anti-islam de certains partis politiques indiens conservateurs tels que le BJP et Shiv Sena ayant dirigé ou dirigeant encore certains Etats indiens à forte composante musulmane à l’instar du Gujarat.

Vue sur le quartier d'Old Delhi, à majorité musulmane.

Vue sur le quartier d’Old Delhi, à majorité musulmane.

Si ces discours trouvent un écho parmi nombre d’hindous, c’est parce qu’ils s’inscrivent dans une tradition d’hostilité à l’islam plus que jamais historique en Inde. En effet, l’opposition entre musulmans et hindous puise ses sources dans la longue domination de dynasties islamiques mogholes (turco-afghanes et turco-mongoles)  implantées dans le nord du pays jusqu’à la colonisation britannique au XVIIIe siècle. Ces royaumes musulmans, ennemis numéro un des civilisations hindoues rajpoutes, dravidiennes, etc., laissèrent toutefois des reliquats patrimoniaux particulièrement riches. A l’instar de la mosquée Jama El Masjid de Delhi ou encore l’incontournable Taj Mahal, trésor de l’architecture islamique devenu paradoxalement le symbole de l’Inde. Dans le Rajasthan, certaines villes s’imposent encore comme des hauts lieux de l’islam indien. C’est le cas d’Ajmer, qui renferme le tombeau d’un saint musulman dans sa vieille ville, attirant chaque année des pèlerins de tous le pays.

Surenchère meurtrière

Pourtant, ces tensions historiques qui mettent en jeu l’identité même du pays, sont déplorées par nombre d’Indiens. A l’instar de Sunny, animateur touristique, vivant à Jaisalmer, ville du Rajasthan distante de 70 kilomètres à peine du Pakistan : « Ces violences sont vraiment navrantes. D’autant qu’elles s’inscrivent toujours dans la même surenchère meurtrière : en réponse à des meurtres, réels ou supposés, d’hindous au Cachemire ou au Pakistan, des gens s’en prennent ici à leurs voisins musulmans, et ainsi de suite.. ».

Pourtant, l’animateur voit une lueur d’espoir : « Celle de la démocratie indienne, seule capable de favoriser le vive ensemble ici… », analyse ce dernier en rappelant avec fierté que « le pays a eu trois présidents musulmans depuis son indépendance en 1947 ». Et Ravi d’ajouter : « En Inde, les musulmans ne sont pas victimes de discriminations, contrairement à d’autres pays en Europe, ils travaillent, évoluent socialement, et tissent, pour la plupart, des liens cordiaux avec leurs voisins. Par contre, ils ne se mélangent pas avec nous et vice versa ! Je n’ose même pas imaginer la réaction de mes parents si un jour je leur présente une musulmane…», conclut ce dernier.

Le Taj Mahal, chef d'oeuvre de l'architecture islamique, devenu paradoxalement le symbole de l'Inde.

Le Taj Mahal, chef d’oeuvre de l’architecture islamique, devenu paradoxalement le symbole de l’Inde.

Written by MinoriTerres

février 27, 2013 at 12:00