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Les Roms, une exception bulgare

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Alors qu’ils représentent 10 % de la population bulgare, les Roms souffrent d’une marginalisation ancestrale dans cet état des Balkans. Sédentarisés de force pendant la période communiste, ils sont aujourd’hui parqués dans des bidonvilles, et ouvertement discriminés à l’école comme sur le marché du travail. Un apartheid qui se décline à des niveaux divers dans la la majorité des pays européens.

 

Quartier rom à la périphérie de Lom, ville du nord ouest de la Bulgarie

Sofia, Plovdiv, Lom, Stara Zagora…, si toutes ces villes ont comme point commun d’être situées en Bulgarie, leur proximité se situe surtout à un autre niveau: elles hébergent toutes des communautés Roms qui vivent dans quartiers insalubres très éloignés du centre ville. Dans certains cas, il s’agit de bidonvilles, peuplés de familles démunies, dont les parents sont au chômage et les enfants courent pieds nus dans la boue.

Si ce tableau, quelques peu cliché, offre la pire image que l’ont peut avoir des Roms, il n’en cache pas moins une certaine réalité: la marginalisation constante dont fait l’objet cette population en Bulgarie comme dans le reste de l’Union européenne.

Un demi million de Roms exterminés par les nazis

Arrivés du nord de l’Inde, par vagues successives depuis le 10ème siècle, ce peuple nomade a longtemps subi diverses discriminations infligées par une Europe majoritairement sédentaire. L’apogée de ces persécutions : le génocide de 200 000 à 500 000 d’entre eux (appelé Samudaripen ou Porrajmos) durant le nazisme. Un massacre oublié par l’histoire, suivi, à l’Est, d’une période communiste globalement peu favorable pour les Roms. En effet, celle-ci s’est traduite, en Bulgarie notamment, par une sédentarisation forcée des Roms qui est loin d’avoir favorisé leur intégration. « Durant le communisme, les Roms ne pouvaient atteindre qu’un niveau minimum d’études. Encore, aujourd’hui, les écoles situées dans les quartiers roms reçoivent très peu de moyens de la part de l’Etat et offrent donc peu de perspectives de réussite pour les élèves », rappelle Diana Kirilova, rom bulgare, chercheuse au centre d’études tsiganes de Paris.

 

Ecole rom située dans un quartier pauvre de Plovdiv

Un manque d’éducation qui a pendant longtemps empêché la constitution de toute élite rom propre à défendre les droits de la communauté. Exemple probant: alors que les Roms représentent 10 % de la population bulgare, seul un député issu de cette minorité ne siège aujourd’hui au parlement national. « Sous représentés et peu reconnus, les Roms suscitent la méfiance des Bulgares dont les clichés à leur encontre restent très répandus, analyse Daniela Mihailova, avocate au sein de l’association bulgare « Égalités des Chances », ainsi, ils sont souvent bannis des bars, restaurants, magasins voire même de certains hôpitaux de Bulgarie. Lors d’un procès, les sentences des juges à l’encontre des Roms sont souvent plus lourdes. Et encore aujourd’hui, nombre d’entreprises refusent de convoquer un Rom à un entretien d’embauche ».

Un fonctionnement très « clanique »

Si cet apartheid chronique est dû au manque réel d’investissement de la part des pouvoirs publics en faveur de l’intégration des Roms, un autre obstacle entre également en ligne de compte: la forte hétérogénéité de cette communauté qui empêche toute initiative concertée. En effet, les Roms constituent un peuple complexe au fonctionnement très  « clanique ». Les clivages entre chaque groupe sont également religieux, puisque les Roms ont des confessions multiples (traditionnellement chamanes, ils sont désormais catholiques, orthodoxes ou musulmans). Plus encore, des clivages linguistiques persistent : par exemple, en Bulgarie, certains s’expriment en romani, mais d’autres sont turcophones et se revendiquent d’ailleurs plutôt Turc que Rom. Cette diversité se retrouve également à l’échelle européenne, puisque les Roms d’Allemagne parlent traditionnellement le « sinti » alors que ceux d’Espagne et de France (communément appelés gitans) s’expriment davantage dans un dialecte baptisé le « calo ».

Changer les mentalités

Un manque d’unicité qui génère un problème de représentativité de la communauté. Ce qui laisse parfois le champ libre à certaines ONG roms corrompues qui détournent l’argent donné par des associations humanitaires, pour enrichir la mafia locale. Aussi, pour sortir de cette impasse politique, diverses initiatives ont émergé à l’échelle européenne: organisation en 1971 du premier congrès international des Roms, création de l’union Romani internationale, institution d’un drapeau rom et d’un hymne national, lancement de la décennie d’intégration des Roms 2005-2015 dans neuf pays d’Europe centrale… Autant d’initiatives qui visent un objectif: reconnaître les 10 millions de citoyens roms européens comme un peuple  sans territoire. Pourtant, force est de constater que les résultats en termes d’intégration restent encore peu visibles. Car, comme l’explique Diana Kirilova, « c’est surtout une meilleure éducation et la diffusion d’une image plus positive des Roms dans les médias qui permettront un changement des mentalités et une réelle intégration ».

 

Concert de musique rom en plein centre de Stara Zagora

Voir le film « Les Roms, une exception bulgare »:

Written by MinoriTerres

janvier 16, 2010 at 6:33

Publié dans Europe

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