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L’histoire plurielle des Asiatiques en France

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Fruit d’un passe migratoire riche et complexe, la minorité asiatique de France comporte plusieurs communautés aux histoires diverses, aux cultures variées, venues a différentes époques et pour des raisons multiples. Focus sur 150 ans d’histoire en France.

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« Curiosité et incompréhension, fascination et crainte, attraction et répulsion : les Asiatiques de France suscitent, aujourd’hui encore, autant de perceptions ambivalentes », constate Pascal Blanchard, historien spécialiste du fait colonial et des immigrations. Si bien que le récit de leur présence dans l’Hexagone, pourtant vieille de 150 ans, reste obscur pour nombre d’initiés. «D’autant que jusqu’à présent, aucun protagoniste de ce riche passé n’a tenté d’écrire cette histoire dans sa globalité, rappelle Pascal Blanchard. En France, existent plusieurs communautés asiatiques aux histoires plurielles ». Deux grands groupes se dégagent : les Chinois et les Vietnamiens (ex-Indochinois) dont la présence structurée remontent au début du XXe siècle. Deux destinées qui se recoupent, bien qu’elles s’inscrivent dans des contextes différents. C’est en tant qu’indigènes que les populations d’Indochine ont immigre en métropole. A contrario, les vagues migratoires chinoises s’inscrivent d’abord dans un espace mondial fonde sur une activité principale : le commerce.

Une main-d’œuvre de remplacement

Vers 1850, les premiers commerçants chinois débarquent dans la capitale. Une présence renforcée au fil des Expositions universelles depuis celle de 1889. « Lors de ces événements viennent aussi des artisans et artistes indochinois, invités à exercer leur métier sous le regard amusé des Parisiens », précise Alain Ruscio, historien spécialiste de la colonisation française. Exception faite de ces populations, l’immigration asiatique ne deviendra vraiment représentative qu’à la veille de la Première Guerre mondiale. « Année de proclamation de la République de Chine, 1912 marque ce siècle d’histoire partagée avec l’arrivée des premières populations vietnamiennes, et surtout chinoises, en France, à l’instar d’intellectuels et entrepreneurs, un prélude aux présences politiques et ouvrières du conflit 14/18, rappelle Pascal Blanchard. Environ 130 000 travailleurs chinois débarquent en France pour creuser des tranchées dans le Nord ou remplacer les ouvriers partis à la guerre », indique Thierry Pairault, directeur de recherches au CNRS, spécialiste de la Chine (voir encadre). Idem pour quelques milliers d’Indochinois, également sollicités pour exécuter ces travaux pénibles, « auxquels s’ajoutent ceux directement envoyés au front. 10 à 15 % d’entre eux y mourront », complète Alain Ruscio, tout en nuançant : « les Indochinois ne représentèrent que 5 % des 820 000 soldats indigènes ayant participé à l’effort de guerre. Car à l’époque les asiatiques, davantage sollicités en tant que travailleurs, étaient perçus dans l’imaginaire colonial comme des soldats peu fiables et résistants, et ce, a contrario des noirs et maghrébins vus comme de bons combattants ».

Le temps des étudiants

Alors que l’immigration asiatique devient régulière des la guerre 14/18, plusieurs associations phares se créent dans la capitale. « De 1919 à 1921, 1 600 étudiants chinois se répartissent dans les facultés et les collèges de Paris, Lyon, Toulouse… » détaille Pascal Blanchard. Evolution similaire au sein de l’immigration indochinoise : « La population estudiantine augmente jusqu’en 1929 », ajoute Pierre Brocheux, historien spécialiste du Vietnam. « Très francisés, ces étudiants lisent la presse et se politisent. Engagés en faveur de l’indépendance de leur pays, ils nouent des liens avec le Parti communiste français », complète Alain Ruscio. Le tournant des années 20, ponctué par la révolution russe de 1917 et la venue d’Ho Chi Minh à Paris en 1919, voit émerger un véritable militantisme au sein de la communauté indochinoise. Capitale de l’Empire, Paris devient aussi celle des agitateurs. Si la révolte des Boxers, en 1900, opposant la Chine aux Occidentaux avait déjà eu un certain écho dans la capitale, celle de 1930 dans le nord de l’Indochine a eu des répercussions plus fortes encore : manifestations, expulsions massives… « L’Indochine notamment, autrefois sujet de rigolade ou d’exotisme pour le Français moyen, devient désormais facteur de tensions », développe Alain Ruscio. Au-delà des cliches d’antan sur les Jaunes ou Chintocks, s’exprime désormais une crainte de l’Asiatique, figure de l’effronté potentiellement dangereux. « En parallèle, les Indochinois prennent conscience d’appartenir à une civilisation ancienne et refusent le racisme français », note l’historien.

Après la guerre, les camps !

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, des milliers d’Indochinois sont à nouveau sollicités. « 8 000 tirailleurs et 20 000 ouvriers non spécialisés », précise Pierre Brocheux. Une partie d’entre eux est rapatriée en 1945, environ 15 000 restent en France. « Ils dénotent avec la communauté vietnamienne déjà présente, bourgeoise, politisée et intellectuelle. En effet, ces nouveaux arrivants, essentiellement des villageois venus de force, vivent dans des conditions misérables, cloîtrés dans des baraquements. Ils exécutent les travaux des champs, encadrés à la dure par des officiers de l’armée coloniale », retrace Alain Ruscio. Très vite, les aléas de la guerre froide rattrapent le quotidien des Asiatiques de France alors qu’émerge en plein centre de Paris le premier quartier chinois, autour des ateliers artisanaux d’Arts et Métiers. « Spécialisés dans la confection, ces immigrés déjà présents dans la capitale depuis une dizaine d’années, s’y implantent durablement en prenant la tête des ateliers juifs de maroquinerie laissés vides après la déportation de leurs propriétaires durant la guerre », raconte Thierry Pairault.

Cette période de « fixation » sans précédant de la présence chinoise dans la capitale est ponctuée par un événement majeur : « la victoire de Mao Tsé-toung en 1949 qui génère à Paris, une scission profonde entre partisans de Taïwan et militants maoïstes et ce, pendant près de vingt ans », raconte Pascal Blanchard. Des clivages tout aussi forts au sein de la communauté indochinoise. Après la défaite française de Dien Bien Phu en 1954, marquant l’indépendance du Vietnam, des milliers de ressortissants sont rapatries en métropole. Ces supplétifs, qu’on pourrait qualifier de harkis vietnamiens, selon Alain Ruscio, contrastent avec les militants indépendantistes déjà présents. Leur destination ? Des camps militaires réaménagés en centres d’accueil, comme celui de Sainte Livrade (Lot), où nombre d’entre eux vivront parqués pendant des années. « Si la majorité parviendra à en partir, aujourd’hui encore, quelques vieilles dames y finissent leurs jours, relate Alain Ruscio, rappelant qu’un projet de mémorial serait en cours en souvenir de ces Indochinois maltraités par la France »

La crainte du « péril jaune »

Au début des années 1960, l’ensemble du paysage économique de la diaspora asiatique, notamment chinoise, s’est transformé en profondeur. « Le nombre de restaurants a doublé, comme celui des maroquineries par rapport à 1946 : les épiceries et les ateliers de meubles chinois s’installent dans de nombreux arrondissements, alors que l’on commence à dénoncer le « ghetto » des Arts-et-Métiers et ses 3 000 « Chinois », développe Pascal Blanchard. Le spécialiste des immigrations chinoises Live Yu-Sion rappelle la réaction des médias sur cette présence au cours des années 1960 désormais visible  : « Autour de Saint-Étienne-du-Mont, il n’est guère que l’église elle-même, le Panthéon, l’École polytechnique, deux ou trois bistrots et quelques merceries à demeurer résolument français. Partout ailleurs, c’est désormais la Chine… Car le ventre de Paris est devenu extrême-oriental, chinois surtout… Peu de quartiers échappent à cette invasion pacifique… » (Figaro Littéraire du 28 octobre 1965). Le journaliste termine sa description par ces lignes : « Cessez donc de craindre le péril jaune : il est déjà arrivé à Paris. »

L’époque des demandeurs d’asile

Cette crainte ancienne et généralisée du « péril jaune » se renforce au fil des immigrations asiatiques qui se succèdent. Parmi lesquelles, celle des Chinois établis en Asie du Sud-Est depuis des décennies. On les appelle les Chaozhou. « Cette bourgeoisie d’ascendance mandarine quitte un Viêtnam en guerre après la victoire des communistes en 1975, explique Alain Ruscio. Une immigration suivie de celle des “Boat People” : des Vietnamiens qui n’ont pu s’adapter au nouveau régime et des Cambodgiens hostiles à la politique des Khmers rouges ». Plus récentes, ces vagues migratoires esquissent la configuration actuelle de la communauté asiatique… Installation des Chaozhou dans le Chinatown parisien (13e arrondissement), puis des Wenzhou, deuxième immigration essentiellement économique, a Belleville, dans les années 1990-2000. « Non francophone, très imprégnée des valeurs du communisme chinois, cette communauté se distingue nettement des Chaozhou avec lesquels les contacts sont au départ limités », raconte Thierry Pairault, qui rappelle la présence, depuis une quinzaine d’années, d’un troisième groupe : les Dongbei, issus d’une région chinoise désindustrialisée. Une immigration essentiellement féminine et précaire. Face a des vécus si disparates, comment appréhender ce million d’Asiatiques vivant dans l’Hexagone ? Sans doute a l’aune de ces divisions complexes : travailleurs clandestins et riches entrepreneurs, immigres déjà intègres et nouveaux arrivants. Une immense diversité qui fait de cette communauté, visible mais discrète, très marquée par son mode de vie en quartier, l’une des plus singulières de France.

Zoom : L’emblématique cimetière chinois de Nolette

Saviez-vous que le plus grand cimetière chinois d’Europe se trouve en France ? Situe à Noyelles-sur-Mer, en Picardie, le cimetière militaire de Nolette abrite prés de 850 tombes, toutes ornées d’idéogrammes chinois. La présence de tels cimetières sur le territoire français constitue les traces visibles d’une histoire oubliée : celle d’environ 130 000 Chinois, recrutés par les alliés durant la Première Guerre mondiale pour travailler dans les usines, à l’arrière du front ou dans les campagnes, note Pascal Blanchard. Pour faire honneur aux 20 000 morts de la guerre, nombre de sans-papiers de cette communauté se sont rendus au cimetière de Noyelles-sur-Mer, le 14 juillet 2000, pour y déposer une gerbe de fleurs. ≪ Ils ont ainsi rappelé à tous le sacrifice de ces Chinois, conclut l’historien. Apres la guerre, on estime que 2 000 à 3 000 d’entre eux sont restés dans l’Hexagone, formant ainsi le premier noyau de la communauté asiatique française.

Quel rapport au travail dans les pays asiatiques ?

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Si le travail est « malade » en Occident, d’après le sociologue Yves Clot, quid de la situation en Asie, continent « émergent » sur lequel nous avons désormais tous les yeux rivés ? Dans des pays tels que l’Inde, la Chine où la Thaïlande, où les taux de croissance avoisinent les 10 %, contrastés par une pauvreté endémique préoccupante, quelles représentations les autochtones en activité se font-ils du travail ?  Et de leur boulot en particulier ? Est-il un levier d’aliénation au quotidien ? Ou au contraire, d’émancipation ? Témoignages.  

Athor, 40 ans, tailleur à Mandawa (Rajasthan, Inde) :

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«Je suis tailleur depuis toujours et j’adore ce métier. Cette activité familiale, elle se transmet de père en fils. A Mandawa, nous avons cinq boutiques, ouvertes tous les jours. Elles sont quasiment toutes concentrées dans le bazar de la grande rue principale. Mon père travaille dans une, mon frère dans une autre, etc. Les taches sont bien réparties. Certains d’entre nous confectionnent les saris pour les femmes alors que d’autres, comme moi, gèrent d’abord les vêtements pour hommes. Je peux vous faire un pantalon sur-mesure en deux heures à peine ! Pour ça, nous utilisons toutes sortes de matériaux : laine, coton… Une de nos boutiques vend même directement des tissus traditionnels à l’unité ou en gros. Mes employés ? J’en ai une poignée seulement. Ils travaillent de temps en temps selon les pics d’activité. Il s’agit d’hommes exclusivement car les femmes en Inde sont d’abord à la maison. La mienne y est tous jours pour s’occuper de nos trois enfants. Ma clientèle ? Elle est surtout locale, basée essentiellement dans notre région le Shekawathi, au nord du Rajasthan. Si on voit beaucoup de touristes occidentaux affluer ici, ils nous achètent peu de vêtements. Car les blancs sont surtout de passage à Mandawa. Ils restent une ou deux nuits maximum pour visiter les havelis, ces ex-riches demeures de marchands entièrement peintes, puis filent ailleurs, à Jaïpur ou Jasailmer, bien plus touristiques. »

Son revenu : Environ 30 000 roupies par mois (soit 250 euros)

Jayni, 22 ans, fabricant de marionnettes à Jaisalmer (Rajasthan, Inde)

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« Le travail est un art. Du moins pour moi qui fabrique des marionnettes pour des spectacles. Au départ c’était le métier de mon père. Depuis un ans, c’est moi, ainsi que mes frères et sœurs qui prenons le relais. J’aime cette activité, car elle est facile à exercer. Et puis ça rapporte pas mal d’argent. Certains jours, j’arrive à en vendre trois ! Et ainsi gagner 600 roupies. Le métier que j’exerçais avant ? Celui de percussionniste pour les mariages. Ça marchait bien également, car en Inde, il y a des mariages tous les jours. Du coup, ça génère pas mal de business pour l’organisation des fêtes. D’ailleurs moi aussi je suis marié. Depuis quatre ans. J’ai aujourd’hui deux enfants. Pour ma femme et moi, ce n’était pas un mariage d’amour, ici, ils sont très rares de toute façon. En fait, nous faisons partie de la même caste hindoue : les Bat. Aujourd’hui, elle aide ma famille à réaliser les marionnettes. Moi, je les fabrique avec du bois en dix minutes à peine. Je peins aussi leur visage ce qui prend beaucoup plus de temps. Quant à ma femme, elle se charge de confectionner leurs vêtements. Nos jours de congés ? Nous en avons aucun. Sauf en novembre, pour le Diwali, la fête des lumières en Inde. »

Son revenu : Environ 10 000 roupies par mois (soit 96 euros) pour lui et sa femme.

Bawa, 51 ans, bijoutier à Jaïpur (Rajasthan, Inde) :

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« Mon travail, c’est faire du business. Depuis vingt ans je suis bijoutier dans le bazar à bijoux de Jaïpur, et ça marche plutôt bien. J’en suis assez content. J’ai une petite équipe d’artisans qui travaille pour moi, l’atelier est situé juste à côté de ma boutique. On y stocke pas moins de 200 kilos de bijoux, bagues, colliers, bracelets… Mes frères ont aussi ouvert des enseignes à Goa et à Manali. Auxquels s’ajoutent des bureaux d’export à l’étranger avec lesquels nous collaborons. Notre clientèle est aussi bien occidentale qu’indienne. Vous savez, en Inde, on travaille beaucoup en famille. Je sais qu’en Europe, c’est plutôt rare ce genre de fonctionnement. Alors qu’ici, nous sommes très soudés les uns les autres. C’est très important, surtout en ces temps difficiles où la concurrence est rude. Si certains mois, nous réalisons de bons chiffres, d’autres s’avèrent moins fructueux. La raison ? La crise en Europe qui impacte en partie notre business. Sans oublier le cours de l’argent qui n’a cessé d’augmenter durant les dernières années. Et pour cause : en huit ans, il a grimpé plus de huit fois. C’est dire si les matières premières sont toujours plus onéreuses ! Or, face à la hausse de mes coûts de production, je suis obligé d’augmenter les prix. Résultat : les gens achètent moins mes bijoux. »

 Son revenu : entre 50 000 et 60 000 roupies par mois (soit environ 500 euros)

 Dondup, 34 ans, commerçant à Rishikesh (Uttaranchal, Inde)

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 « Mon travail, c’est un moyen de survie. Car en Inde, je suis réfugié politique. Ça fait quatorze ans que j’ai quitté Ando, la ville tibétaine dont je suis originaire pour vivre ici. Sans travail, je ne pourrais pas m’intégrer à la société indienne. C’est déjà bien difficile de vivre ici. Car les Indiens tolèrent mal notre présence. Je ne parle pas hindi, donc niveau boulot il y a peu de possibilités, hormis le commerce où je peux m’exprimer en anglais. Car en ce moment, je vis à Rishikesh avec ma femme, tibétaine comme moi, une ville très touristique. Les Occidentaux y viennent pour faire du yoga et de la méditation. Parfois, ils achètent des souvenirs dans notre boutique… Ce métier n’est vraiment pas une vocation. Il y a quelques mois encore, j’étais étudiant à Dharmasala, la ville indienne où siège le gouvernement tibétain en exil. Et où vit le Dalaï Lama et la plupart de ma communauté. Là bas, j’y étudiais le tibétain et surtout l’anglais, une langue essentielle pour trouver du travail et surtout s’ouvrir aux autres. Car à Rishikesh, nous, les Tibétains, sommes très isolés. Si j’avais le choix, je lâcherai ce boulot ! Et continuerais à étudier, pourquoi pas l’histoire et la politique. Mon passe-temps favori pour m’évader de ce quotidien ? La lecture ! Surtout les œuvres du Dalaï Lama. »

 Son revenu : Environ 10 000 roupies par mois (pour lui et sa femme) soit 96 euros.

 Naam, 48 ans, professeur d’anglais à Bangkok (Thaïlande)

 « Mon travail de prof d’anglais est d’abord un moyen d’ouverture sur le monde. Sans ce boulot, je ne pourrais m’émanciper d’une société thaïe encore très fermée et peu anglophone. Certes, la Thaïlande est très occidentalisée car touristique, surtout dans les iles du sud, mais les gens n’en profitent pour autant pas pour établir des liens véritables avec les farengs (étrangers) et vice versa. Bien au contraire, ils communiquent très peu avec eux. Je suis bien placée pour le savoir puisque ma famille est originaire du sud du pays. Et là bas, les Thaïs maîtrisent encore mal l’anglais, croyez moi. C’est vraiment dommage. D’autant que la Thaïlande, en tant que première puissance touristique d’Asie du sud-est, devrait savoir faire preuve de plus d’ouverture, non ? Sur ce point, mes compatriotes ressemblent au final beaucoup à un autre peuple pourtant très éloigné de nous culturellement : les Français ! »

 Son revenu: environ 40 000 bahts par mois, soit 1 000 euros

 Niou, 22 ans, barmaid à Koh Samui (Thaïlande)

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 « Moi, j’en ai fait plein des boulots. En ce moment, je suis barmaid. Je bosse dans un bar de nuit à Lamaï, une des villes les plus touristiques de Koh Samui, l’une des plus grosses iles de Thaïlande. J’ai trouvé ce boulot grâce à ma sœur car son mec, un fareng (étranger), est propriétaire de l’établissement. Du coup, on y bosse (et on y vit) toutes les deux. Accueil des clients, préparation des boissons, animation karaoké, nous gérons tout de A à Z ! Ce boulot, je l’apprécie vraiment, car je n’ai plus à faire la « lady bar » comme avant. Certes, avec mon ancien travail, je gagnais mieux, 1000 bahts minimum (25 euros) par nuit passée avec un fareng et bien plus si je restais avec lui toute la semaine. Mais là au moins, j’ai un vrai boulot. C’est un exploit car à Koh Samui, le sexe c’est souvent la seule alternative pour une Thaïe comme moi, débarquée de l’Isan, une région de l’est du pays où il y a peu de travail. »

 Son revenu : NC

 See, 63 ans, assistance manager à Bangkok (Thaïlande)

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 « Le travail, c’est un mal nécessaire, on est obligé de faire avec. Pendant des années, j’ai vécu en Australie, à Sydney, où j’étais manager dans la restauration. Puis je suis retourné au pays pour travailler dans l’entreprise de ma famille, une boite d’agro-alimentaire de deux cent personnes basée à Bangkok où j’occupe aujourd’hui le poste d’Assistance Manager. C’est un boulot convenable et qui paie bien. De plus, j’ai mes week end de libre. Mon frère bosse également avec moi mais c’est ma sœur qui dirige l’entreprise ! Et elle est très talentueuse. Et pour cause : grâce à elle, la société s’impose aujourd’hui sur les marchés internationaux puisque nous vendons du maïs et des fruits notamment de la papaye, dans de nombreux pays étrangers, à l’instar de la Russie, mais aussi l’Angleterre. »

 Son revenu : 100 000 bahts par mois (soit 2 250 euros)

 Vong, 37 ans, pharmacien à Pakchong (Thaïlande) :

 « Mon métier c’est la pharmacie. Cela fait des années que je l’exerce. J’ai travaillé dans diverses structures et lieux en Thaïlande. L’un de mes derniers postes était à l’hôpital de Koh Phangan. J’y suis resté quelques temps, avant de m’installer à Pakchong, une petite ville dans l’Isan, à deux heures de Bangkok. Certes, la vie, içi, n’est n’est pas aussi paradisiaque que sur les îles touristiques du sud du pays, mais au moins, j’ai pu y ouvrir ma propre pharmacie ! »

 Son revenu : NC

 Shah, 27 ans, professeur de physique-chimie à Pékin (Chine)

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 « Mon travail, c’est un bon passe-temps, même s’il est loin d’être passionnant tous les jours ! Certes, j’adore la physique-chimie et apprécie l’enseigner auprès de mes élèves de seconde. Malheureusement, ils sont très peu réceptifs. J’essaye de capter leur attention, mais c’est très difficile. Peut-être suis-je un mauvais prof ? Ou sans doute que ces ados ont d’autres préoccupations en tête que le lycée et le travail… Du coup, ce boulot devient chaque jour plus blasant. Si encore mes élèves étaient des rebelles ou des indisciplinés… Or, ils sont tout simplement amorphes. La plupart ne pose aucune question pendant les cours, c’est tout juste s’ils n’apprennent pas par cœur uniquement pour obtenir la moyenne. Il faut dire qu’en Chine, le système éducatif fait tout pour abrutir les élèves. Exit les travaux de synthèses, cas pratiques ou exercices de simulation propres à faire réfléchir, priorité aux seuls QCM comme mode d’évaluation. Avec ce système, comment voulez-vous que les gens apprennent à faire marcher leurs neurones ? Pas étonnant qu’une fois devenus adultes, ils deviennent comme la plupart de mes compatriotes : des moutons qui acceptent tout, même un régime politique liberticide, histoire de préserver leur petit confort. »

 Son revenu : NC

 Vincent, 37 ans, maître de conférence en management, Hong Kong, Chine :

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 « Depuis sept ans déjà, j’enseigne le management au sein de la plus grande université de Hong Kong, celle où j’ai étudié étant jeune. Si j’aime mon boulot, c’est d’abord pour ses conditions de travail assez relax. Certes, je dois enseigner tous les jours, mais mes horaires sont assez souples et mes fins de journée de libre généralement libres. De plus, j’ai beaucoup de jours de congés par an ! Ce qui est rare en Chine. Notamment à Hong Kong, où les gens qui bossent dans le privé n’ont droit qu’à dix jours à peine ! Grâce à cet avantage de taille, je peux m’adonner à ma passion : le voyage ! J’ai déjà visité plusieurs fois l’Europe, l’Asie du sud-est ainsi que la Chine continentale. J’apprécie aussi héberger des touristes étrangers chez moi. Cela me permet de voyager sans bouger ! »

 Son revenu : NC

 Lee, 30 ans, marin à Rangoon (Birmanie)

 «J’aime voyager, donc j’adore mon métier ! Même s’il est très dur et m’impose d’être constamment en déplacement. A Rangoon, la plus grosse ville portuaire du pays, j’ai beaucoup d’amis marins. Pour chacun d’entre nous, ce boulot a constitué un échappatoire au régime terrible imposé par la junte militaire durant plus de vingt ans. Il y a deux ans à peine, avant l’ouverture du régime, il m’aurait été impossible d’avoir une discussion avec un touriste. Constamment, on avait peur d’être dénoncé. Nous pouvions aller en prison pour n’importe quoi. Alors mon métier de marin était synonyme de liberté. Grâce à ce boulot, j’ai pu parcourir le monde entier et voir à quel point il était différent de la Birmanie. Je suis allé en Europe, en France, notamment à Rouen. C’est une très jolie ville ! Aujourd’hui, je maîtrise très bien l’anglais et peut avoir des discussions avec n’importe quel étranger. C’est très agréable, notamment lors de mes permissions à Rangoon, qui sont, depuis l’ouverture du régime, bien plus sympathiques ! »

 Son revenu : NC

 Tata, 34 ans, chauffeur de tuk tuk à Dalah (Birmanie)

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 « Le travail, c’est mon quotidien. Tous les jours, du lundi au dimanche, je conduis des tuk tuk à pédales. C’est comme ma raison d’être ou du moins c’est ce qui occupe mon existence. Et puis, il faut bien travailler pour nourrir sa famille ! J’ai déjà failli les perdre, ma femme et mes quatre enfants, lors du tsunami de 2008 (cyclone de Nargis) qui a dévasté mon village, Dalah, une banlieue agricole de Rangoon. A cause des aléas climatiques, la vie dans la région du delta (sud de la Birmanie) n’est pas toujours facile. Pendant la saison sèche, le riz vient souvent à manquer. Du coup, les gens n’ont plus de travail dans les champs. L’avantage avec mon boulot, c’est que je suis peu affecté par ce genre de problèmes. Par contre, je dois payer plein de taxes ! Pas moins de 2500 kyats (2, 20 euros) par jour au propriétaire de mon tuk tuk. Sans oublier tout l’argent que réclame la police. Un racket constant, en particulier à Rangoon ! C’est pourquoi je privilégie au maximum les déplacements dans ma ville. »

 Son revenu : 220 000 kyats par mois (soit 200 euros)

 Mipang, 25 ans, employé dans un hôtel à Kalaw (Birmanie)

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 «Le travail, c’est un moyen d’être plus autonome. Car pour l’instant, je vis encore chez mes parents, avec mes deux sœurs. Pendant plusieurs années, j’ai travaillé dans la mine de charbon à côté de chez moi. Mais j’ai dû arrêter tant ce boulot a détérioré mes poumons. Aujourd’hui, je suis employé dans un hôtel dans le centre ville de Kalaw, le Golden Kalaw Inn. Ça fait déjà six mois que j’y travaille et cela me convient plutôt bien. Certes, il y a pas mal de contraintes : se lever tous les jours à 5 h du matin pour préparer le petit-déjeuner, passer des nuits blanches à accueillir les touristes qui débarquent à toutes heures… Mais au moins, je rencontre plein de gens. Et surtout, j’améliore mon anglais ! Car mon objectif, à long terme, c’est de devenir guide touristique dans le cadre de trekkings organisés dans la région. Certes, mon niveau d’anglais n’est encore pas assez bon… C’est pourquoi, je prends des cours du soir chez une voisine. Un sacré investissement : 8000 kyats par mois (8 euros) ! Mais au moins, je fais beaucoup de progrès. Ainsi, pourrais-je un jour réaliser mon rêve… »

 Son revenu : 35 000 kyats par mois (soit environ 35 euros)

 Pannajota, 42 ans, moine bouddhiste à Mandalay (Birmanie)

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 « Pour moi, le travail, c’est avoir la foi. Je suis moine bouddhiste depuis l’âge de… quinze ans ! Rattaché au monastère New Ma Soe Yein à Mandalay, je vis là bas avec deux milles autres moines. Cette vie, je ne l’ai pas vraiment choisie. Mes parents l’ont décidée pour moi. En fait, je rêvais d’être docteur. Et surtout fonder une famille. Parfois, j’ai des regrets, surtout de ne pas avoir connu l’amour. Vous savez, c’est dur de garder le contrôle. Ça nécessite de travailler dur, tous les jours. En étudiant, priant, méditant, en mangeant à des heures précises (entre 5 h du matin et midi), je chasse ainsi mes pulsions, et surtout mes mauvaises pensées. Celles qui animent les autres hommes, ceux qui veulent le pouvoir ou font la guerre. En Birmanie, peu de gens veulent être moine. Pourtant, on serait encore 500 000 à travers tout le pays, auxquels s’ajoutent près de 300 000 nonnes. Changer de métier ? J’en serais incapable ! Et pour quoi  faire? Plombier comme mes frères ? Ou chauffeur de taxi ? Impossible ! Aujourd’hui, ma seule raison d’être est d’atteindre le Nirvana, le stade de postérité suprême. Un vœux que je ne pourrais réaliser dans cette vie, je le crains… Certainement dans les prochaines. Car je reste encore en phase d’apprentissage. Et puis, je commets toujours trop de péchés, comme celui d’être impulsif ou … trop gourmand ! »

 Son revenu : Aucun

 Laa, 35 ans, gérante d’une échoppe alimentaire à Pakben (Laos) :

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 « Le travail ? Ici, au Laos, c’est loin d’être de tout repos. Il faut parfois gérer de gros coups durs. Avant, j’étais gérante d’un restaurant. Pendant quatre ans, ça a très bien marché, nous concoctions des bons plats traditionnels laotiens. Et puis subitement, lors d’une nuit de forte mousson, la tempête a détruit tout l’établissement ! Seules les toilettes sont restées indemnes ! C’était en juillet 2011, je m’en rappelle très bien. Heureusement, ni mon mari, mes deux enfants ou moi n’avons été blessé… En fait, seul notre resto, ainsi que celui de nos voisins, ont ainsi été ravagés dans la ville. Car nous étions tout deux exposés au risque d’éboulement, étant placés au pied d’une colline. Depuis, j’ai ouvert, avec mon mari, une échoppe alimentaire juste en face. Ça rapporte beaucoup moins d’argent, mais c’est assez pour vivre. Ouvrir un nouveau resto ? Impossible ! Nous n’avons pas économisé assez. Et comme on ne reçoit aucune aide de l’État… »

 Son revenu : NC

 Narath, 32 ans, fermier et bénévole associatif à Battambang (Cambodge) :

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 « Mon travail de bénévole permet de donner du sens à ma vie. Depuis 2005, je me suis engagé en faveur des enfants de mon village, Slarkram, situé près de Battambang. Et ce, en lançant une école du soir dédiée à l’apprentissage de l’anglais. Vous savez, quand on naît dans un hameau comme le mien, il y a très peu de perspectives d’emploi enrichissantes. A moins d’émigrer à l’étranger, comme en Thaïlande. Ou alors de devenir fermier, comme je le suis aujourd’hui. Avec ma femme, nous élevons sept porcs et pas moins de cent poulets ! Cela nous permet de subvenir à nos besoins et basta. Avec cette école, j’ai l’impression d’être vraiment utile. Et surtout d’aider mon pays qui a tellement souffert !. Durant le génocide des Khmers Rouges, toutes nos familles ont été décimées. Moi, j’ai perdu mes grands-parents. Mais, mes parents, eux s’en sont sortis… Quel miracle ! Donc aujourd’hui, je me sens redevable vis-à-vis de mon peuple. C’est pourquoi je me bats pour les enfants du Cambodge. Pour qu’ils aient davantage confiance en l’avenir. Qu’ils puissent bâtir une vraie carrière dans le tourisme ou ailleurs. Cette école, ce n’est qu’une pierre apportée à l’édifice. Mais c’est déjà beaucoup. Aujourd’hui, 340 enfants (dont seize orphelins) suivent nos cours d’anglais gratuitement. Une vingtaine de profs dispensent les leçons bénévolement du lundi au samedi. Seul bémol : les financements publics largement insuffisants pour couvrir nos 360 dollars mensuels de frais de fonctionnement (location des salles de classe, achat des matériels…). Aussi, nous subsistons grâce aux donations collectées ça et là. Obtenir ces dons, c’est mon challenge quotidien ».

 Son revenu : Aucun

 Soeumong, 38 ans, ingénieur à Phnom Penh (Cambodge) :

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 « Cela fait plusieurs années que je suis ingénieur dans le BTP. J’aime beaucoup ce travail. Mais qu’est-ce qu’il me fatigue ! Le rythme est dur, avec de gros horaires et peu de jours de repos. De plus, je dois souvent me rendre sur d’autres chantiers un peu partout au Cambodge. Que de déplacements ! En ce moment, je vis même entre Phnom Penh, Battambang et Sihanoukville. Avec ça, quel temps me reste-t-il pour fonder une famille ? Aucun ! A mon âge, je ne suis encore ni marié et n’ai pas d’enfants ».

 Son revenu : NC

 Sitaï, 33 ans, chauffeur de tuk-tuk et guide touristique à Kratie (Cambodge)

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 «J’ai toujours enchaîné les petits boulots. Longtemps, j’ai travaillé dans les cuisines de restaurants. Mais ça payait très mal. Alors je me suis reconverti en chauffeur de tuk-tuk. Certains jours, je gagne pas mal, mais d’autres, pas un sou ! Les journées sans client sont tellement déprimantes… Du coup, pour arrondir mes fins de mois, je fais le guide touristique pour les étrangers ou des Cambodgiens en vacances désireux de découvrir notre région. Certes, dans l’est du Cambodge, nous n’avons pas Angkor… Mais il y a tout un tas d’autres activités possibles : visites de villages de pêcheurs, ballades sur le Mekong, déjeuner chez l’habitant… J’organise moi-même les journées d’excursions. Pour l’instant, cette activité est en démarrage. Mais j’espère qu’elle me permettra, à moyen terme, de gagner bien plus. L’un de mes objectifs : réunir les mille dollars nécessaires pour acheter un nouveau tuk-tuk, car pour l’instant, je ne suis que locataire de mon engin. Cela changerait tellement ma vie ! Je pourrais enfin songer à m’installer et quitter pour de bon la maison familiale ».

 Son revenu : 200 dollars (soit 160 euros par mois)

 Abraham, 26 ans, masseur à Munnar (Kerala, Inde) :

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 « J’ai la chance d’être masseur ayruvedic, un métier très reconnu en Inde, surtout dans le Kerala, véritable berceau de l’ayruvedisme, médecine traditionnelle ancestrale, pratiquée aussi bien chez les hindous, qu’au sein de ma communauté, les chrétiens. Pour devenir un masseur professionnel, j’ai suivi pendant un an un formation à Cochin, dans un centre spécialisé. Mais après six années d’exercice, je n’aime plus ce métier aujourd’hui. Car la médecine moderne met de plus en plus en péril l’ayruvedisme. Si bien que mes compatriotes sont désormais de plus en plus nombreux à soigner leurs maux avec des médicaments. Ils ne veulent plus se faire masser ! Nous les masseurs sommes tellement mal payés ! Je n’arrive plus à m’en sortir financièrement. Surtout depuis le décès de mon père, car en tant qu’ainé de la famille c’est moi, qui ait ma mère à charge. Je vais devoir trouver d’autres sources de revenus car ce métier que j’aime tant, ne me permet plus de subvenir à mes besoins.

 Son revenu : 8000 roupies par mois (soit 130 euros)

 Prya, 35 ans, mère au foyer et restauratrice à domicile à Allepey (Kerala, Inde) :

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 « Moi, je n’ai pas de travail officiel ! Par contre, je suis une cuisinière de renom dans mon village situé dans la banlieue d’Allepey. Souvent mon mari ramène chez nous des touristes en excursion sur les backwaters de notre région. Je leur concocte alors de bons petits plats kéralais typiques. Et je peux vous dire qu’ils se régalent bien plus qu’au restaurant ! J’aime cette activité qui valorise mon travail. Mais elle ne dure que le temps de la saison touristique. Le reste du temps, je peux davantage me consacrer à l’éducation de mes deux filles. Et ça c’est du boulot ! Ma grande victoire est d’avoir pu leur trouver, à Allepey, de bonnes écoles publiques pour étudier. Il faut dire qu’au Kerala, la plupart des filles ont la chance d’être scolarisées. Aujourd’hui, ma deuxième fille, qui a huit ans, est inscrite dans une école mixte. L’ainée, âgée de 10 ans, parle déjà très bien anglais ! En tout cas bien mieux que certains touristes étrangers qui passent par chez nous. Alors souvent, elle aime leur faire la leçon. Son projet d’avenir : devenir docteur ! »

 Son revenu : Aucun

 Davij, 24 ans, développeur informatique à Bangalore (Karnataka, Inde) :

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 « Mon boulot ? J’ai tout simplement envie de le quitter ! Cela fait deux ans que je suis développeur informatique chez Dell et là j’en ai vraiment ma claque ! Ce n’est pas tant le travail en lui-même qui m’insupporte, loin de là… mais le management tyrannique de mon responsable. Cet homme est sans pitié. Il ne tolère rien : ni le moindre retard, ni la moindre remarque. Lorsque l’entreprise l’a envoyé quelques mois en stage au Etats-Unis, ce fut la libération ! Mais depuis son retour c’est devenu pire encore… Je n’en plus de ces conditions de travail toujours plus strictes. Pour décrocher un meilleur boulot ailleurs, en tant que responsable, je passe un nouveau diplôme en formation continue. Je pense vite trouver quelque chose… Surtout à Bangalore qui est la ville indienne du high-tech, bien que la concurrence y soit rude. En tout cas, pas question de retourner chez moi dans le Gujarat. Là bas, il n’y a aucun avenir pour les informaticiens ».

 Son revenu : NC

 Amin, 41 ans, serveur dans un restaurant à Gili Méno (Lombok, Indonésie)  :

 « Depuis septembre 2011, je travaille dans un restaurant à Gili Méno, une toute petite île située au large de Lombok. Mes horaires sont assez lourds, de 6h à 21 h. On m’accorde une pause d’une heure pour aller à la mosquée. Sinon, j’ai droit à trois jours de libre par mois pour rendre visite à ma famille restée à Lombok. Travailler ici sur cette île touristique, est un privilège. En échange, on doit payer beaucoup de taxes. Aussi, il faut trimer dur pour bien gagner sa vie. Alors que les salaires sont toujours plus bas, les prix, eux, ne cessent d’augmenter. Lors des dernières élections de 2010, le président élu avait fait tout un tas de promesses censées améliorer le quotidien des gens. Mais dans les faits, rien n’a changé ! Le système est toujours aussi corrompu en favorisant uniquement les gens riches. Savez-vous qu’en Indonésie, même l’école élémentaire est payante ? Résultat : la plupart des familles doivent contracter des prêts et s’endetter si elles veulent le meilleur pour leurs enfants. Moi, je n’ai pas de tels souci vu que je n’ai pas eu de gamins avec mon ex-femme. Depuis notre divorce, elle a émigré en Arabie Saoudite. Là bas, elle est femme de ménage ».

 Son revenu : entre 1 million et 1,5 million de ruppiah par mois (75 à 150 euros).

 Bri, 45 ans, peintre en bâtiment à Yogyakarta (Java, Indonésie) :

 « J’exerce le métier de peintre en bâtiment depuis plus de vingt ans. Mes horaires : de 7 h le matin à 15h30 l’après-midi, du lundi au dimanche. Je suis payé à la semaine. Mes horaires sont assez souples, mais j’aimerais tellement travailler plus ! Car je ne gagne vraiment pas bien ma vie. En fait, le problème, c’est qu’il n’y a pas assez de travail dans mon secteur : trop d’offre pour pas assez de demande. Alors c’est la galère. La première chose que je ferai si je gagnais plus d’argent ? M’acheter de bonnes chaussures, très solides, comme portent les gens riches et les touristes étrangers ».

 Son revenu : environ 1, 4 million de ruppiah par mois (140 euros)

 Daria, 28 ans, journaliste à Jakarta (Java, Indonésie) :

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« J’ai la chance d’être journaliste. J’aime beaucoup mon métier. Depuis deux ans, je travaille dans un grand groupe de presse féminine basé à Jakarta. Mon entreprise marche très bien. Elle possède pas moins de onze journaux. Pour ma part, je travaille pour Femina, un hebdomadaire dédié aux femmes actives de 25/35 ans. Des personnes un peu comme moi finalement ! Nos sujets tournent essentiellement autour des questions de santé. Parfois il m’arrive même de traiter de sujets plus polémiques, politiques ou économiques…. Bref, on ne parle pas que de crèmes cosmétiques ! En tant que journaliste, j’ai la parole plutôt libre. En effet, la presse ne subit plus tellement de pressions dans mon pays, du moins, depuis que l’Indonésie est devenue une démocratie, à la fin des années 90. Disons que, professionnellement, je suis plutôt contente de ma situation. Le seul hic, c’est les conditions de travail. Dans ma rédaction de 40 personnes, nous travaillons tous énormément. Pas moins de dix heures par jours, et ce, cinq à six jours par semaine. Et nous avons droit qu’à douze jours de vacances dans l’année ! Comme je suis chrétienne, je pose surtout mes jours à Noël. Cela me permet de voir ma famille qui habite dans le centre de Java. Pour l’instant, je n’ai donc aucune raison véritable de vouloir quitter mon job. Je m’entend très bien avec mes collègues, et ce, qu’elles soient chrétiennes ou musulmanes. Certaines sont même devenues des amies ! Et puis nous sommes toutes soudées face à notre nouvelle chef qui est loin d’être compétente… ».

Son revenu : NC

Inde: une minorité tibétaine qui dérange

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Depuis les années 50, une communauté réfugiée tibétaine s’est épanouie dans le nord de l’Inde, transformant cette région en destination touristique pour les Occidentaux adeptes du « folklore » bouddhiste. Une situation qui crée toutefois des tensions avec la population indienne locale. Reportage.

Un des nombreux temples bouddhistes de Macleodganj, bourgade du nord de l’Inde considérée comme la « petite Lhassa ».

Des temples bouddhistes, des centres de méditation, des moines déambulant par dizaine, s’il y a bien une ville en Inde où l’on se croirait le plus au Tibet, c’est sans aucun doute Macleodganj. Véritable « petite Lhassa » des Tibétains en exil, cette bourgade, autrefois endormie, nichée dans les montagnes de l’Himalaya, à 1800 mètres d’altitude, s’est transformée en un centre touristique très animé au cours des cinquante dernières années. Son principal attrait: l’exotisme du bouddhisme tibétain qui trouve un large écho auprès d’une certaine jeunesse occidentale « hippie branchée », en quête d’une nouvelle spiritualité le temps d’un voyage.

« Libérez Panchen Lama ! »

D’autant qu’au delà de la visite du magnifique temple du Dalaï Lama, situé à quelques minutes de Macleodganj et des magasins d’artisanat tibétains implantés aux quatre coins de la ville, la région attire également les bénévoles en tous genres largement sensibilisés par la cause tibétaine. Il suffit de contempler les multiples affiches sur les murs à l’effigie du jeune Gendhun Choekyi Nyima, 11ème réincarnation du Panchen Lama (deuxième plus haut chef spirituel du bouddhisme tibétain) détenu par les autorités chinoises depuis 1995, pour constater que la ville s’impose encore comme un des bastions de la lutte tibétaine.

Des moines tibétains durant la prière

Une présence d’un demi-siècle

D’ailleurs, rappelons que l’arrivée des Tibétains dans cette région du nord de l’Inde, menés par le Dalaï Lama, est loin de dater d’hier, remontant à la fin des années 50. Composée  de 100 000 âmes, la communauté avait alors choisi Dharamsala, capitale de l’Etat d’Himachal Pradesh située à une dizaine de kilomètres seulement de Macleodganj, comme siège de son gouvernement en exil. Prisée par les touristes depuis les années 1990, après l’attribution du prix Nobel de la paix au dalaï-lama, la région peut donc se prévaloir d’un développement économique certain. Mais cette situation crée paradoxalement des tensions entre les Himachalis, les indiens autochtones, et la minorité tibétaine.

Artisans tibétains. Depuis l’arrivée des réfugiés tibétains dans le nord de l’Inde, la région est devenue une destination touristique de choix pour les jeunes occidentaux.

 Pas Indien, mais réfugié

Exemple probant: lors d’une réunion organisée en mai 2010 pour célébrer le cinquantième anniversaire du gouvernement tibétain en exil (GTE), certains représentants de ce même gouvernement, avaient manifesté leur irritation de voir le dalaï-lama se courber devant des ministres indiens. « Ce n’est pas parce que nous sommes des réfugiés qu’il faut abuser de notre situation”, avait alors confié l’un d’entre eux dans la presse locale. En effet, malgré une présence longue de cinquante ans, notons qu’aucun Tibétain de la région ne bénéficie aujourd’hui de la nationalité indienne. « Nous avons tous le statut de réfugié. Paradoxalement, cela nous permet de subvenir à nos besoins grâce aux aides internationales», raconte une habitante de Macleodganj. Et c’est bien là le nœud du problème. Considérés par les Indiens comme les réfugiés les plus riches de la planète, les Tibétains suscitent la jalousie.

Centre ville de Macleodganj. Dans l’Etat d’Himachal Pradesh, les communautés indiennes et tibétaines vivent totalement séparées.

Une seule issue: retourner au Tibet

Un sentiment renforcé par le rôle non négligeable des Tibétains dans le développement du tourisme local. « Conscients que la région est devenue attrayante grâce à eux, ces derniers, attendent,  ainsi, plus de reconnaissance de la part des Himachalis, alors que les autres voient, au contraire, les Tibétains comme des immigrés arrogants refusant de s’intégrer », estime un Indien originaire de New Delhi, en vacances quelques jours dans la région. En témoigne les troubles dans les villages environnants, où de violentes altercations opposent régulièrement les deux communautés. Une situation tendue qui n’est pas prête de s’achever tant les uns et les autres vivent en vase clos. D’ailleurs, les réfugiés tibétains s’expriment encore aujourd’hui très peu en hindi. Leurs enfants ne l’apprennent pas non plus à l’école. Un statut quo volontairement entretenu par le gouvernement indien. Car l’objectif visé par ce dernier est très clair: que ces réfugiés « gênants » puissent un jour retourner au Tibet.

Article paru sur le site d’information CitaZine

Written by MinoriTerres

juillet 27, 2011 at 11:14