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« Être Noir et gay, c’est subir la double peine»

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«Mes parents n’acceptent pas mon homosexualité, raconte Johan, 25 ans. Si j’étais blanc, ce serait peut-être plus simple». Pour Johan, ce qui est parfois plus complexe dans sa communauté, «c’est que l’homosexualité a tendance à être perçue comme une déviance de Blanc, jugé pervers et colonisateur. Au final, quand on est Noir et homo, on peut être vu comme un faux Noir». Johan dit subir la double peine. «Au sein de la communauté gay, les Noirs sont aussi victimes de préjugés. On est souvent vu comme des objets sexuels et sauvages qui sentent le mafé. Des mecs de cité, pas dans la norme, à la fois repoussants et attirants». Pris entre deux feux d’intolérance, Johan philosophe : «Cela prouve que les Noirs ne devraient pas se diviser en fonction de leur orientation sexuelle. Parce que, bien souvent, et dans tous les milieux, nous restons encore le nègre».

Interview

Frank Jaoui, porte-parole du Beit Haverim, groupe juif gay et lesbien de France 

Nassreddine Errami, porte-parole de MIF, Musulmans Inclusifs de France et coordinateur de HM2F, Homosexuels Musulmans de France

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– Quand on est juif ou musulman, faut-il encore cacher son homosexualité ?

FJ : Être juif et gay, a longtemps été dur à concilier. Il y a une quinzaine d’années encore, certains rabbins disaient, «Il n’y a pas de ça chez nous». Mais les tabous commencent à être levés. Les jeunes homos vivent mieux dans leurs familles. Notre communauté s’organise, surtout autour du Beit Haverim qui a pris son essor dans les années 90.

NE : A un stade d’organisation embryonnaire, l’islam de France doit encore se structurer au delà des influences extra-françaises (Maroc, Algérie, Turquie etc.). Notre mouvement MIF œuvre pour faire émerger une vision inclusive en rupture avec les discours théologiques machistes. Tandis que le collectif HM2F accueille des jeunes en détresse pour les aider à réconcilier leur foi et leur sexualité.

Mais notre combat ne se réduit pas à la lutte contre l’homophobie. Par exemple, HM2F est membre fondateur du collectif MTE (Mamans toutes égales) qui se bat contre les discriminations touchant les femmes musulmanes voilées comme leur exclusion des sorties scolaires de leurs enfants.

Comment se portent les relations entre juifs et musulmans gays ?

NE : Nous œuvrons pour un dialogue interreligieux.  Pour rapprocher les deux communautés, un voyage au Proche-Orient a été organisé en 2011. Un moyen de favoriser le vivre ensemble, au delà de tel ou tel conflit géopolitique.

FJ : Nos liens ont toujours été forts. Auparavant, les tea dance du Beit Haverim, célébrant les grandes fêtes du judaïsme, réunissaient juifs et musulmans. Aujourd’hui, la mixité y est moins flagrante. Car les musulmans ont désormais leurs propres événements. Le conflit a aussi un impact. Nous sommes à l’avant-garde pour lutter contre son importation. Car ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise.

Une soirée à la Mutinerie…

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«Ici, je peux au moins faire des rencontres». Zora, jeune cadre algérienne, vient souvent à la Mutinerie, bar lesbien en plein cœur de Paris quand elle est de passage dans la capitale. «Ça me change d’Alger car, là bas, je dois cacher mon homosexualité, mes parents ne sont même pas au courant». La ville lumière, havre de paix pour les jeunes homos ? «Pas vraiment, répond Hinde, Française, quand t’es lesbienne et, qui plus est d’origine marocaine, comme moi, tu ne fais pas partie de la norme blanche-hétérosexuelle». Contrairement à Zora, Hinde a révélé son orientation sexuelle à ses parents. «Sur le coup, ma mère a failli s’évanouir. Depuis, elle est dans le déni. Mais comment puis-je demander à une femme religieuse de 60 ans d’accepter mon mode de vie ? Au moins, elle n’a pas coupé les ponts». Aujourd’hui, Hinde sort avec Céline, originaire du Havre. Elle aussi a fait son coming-out. «Mes parents l’ont mieux pris. Ma mère m’a sorti : c’est sans doute à cause de tous ces discours féministes», sourit Céline. L’une comme l’autre trouvent que la mixité interculturelle est assez répandue chez les couples lesbiens. «Comme on vit la même stigmatisation, on est plus enclines à l’ouverture, analyse Hinde, mais les fachos, il y en a partout, même chez les homos ». 

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Written by MinoriTerres

janvier 23, 2016 at 5:51

Publié dans France

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Israël-Palestine: une passion française

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« Victime collatérale » du conflit israélo-palestinien, la France doit faire face à des tensions toujours plus vives entre juifs et musulmans sur son territoire. Mais au delà des prises de positions d’ordre communautaire et affective, ces répercussions ne seraient-elles pas symptomatiques d’un malaise plus profond, spécifique à la société française ? Réponses. 

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Colloques sur le Proche-Orient annulés par certaines instances juives, appels au boycott d’Israël lors du Salon du livre 2008, titre de « citoyen d’honneur » attribué par la ville de Paris au soldat Shalit… Des événements qui ont un point commun : ils témoignent de l’impact fort du conflit israélo-palestinien en France. « Au point que des expressions comme ‘importation du conflit’ ou ‘Intifada des banlieues’ ont émergé depuis une dizaine d’années, période où les actes antisémites corrélés à l’actualité proche-orientale sont montés en flèche en France», constate Marc Hecker, chercheur à l’Institut français des relations internationales. Et pour cause: « depuis le début de la deuxième Intifada, survenue en septembre 2000, environ 400 actes antisémites ont été recensés chaque année, soit quatre fois plus que dans les années 90. détaille Jean-Yves Camus, politologue. Et ils sont désormais le fait majoritaire de jeunes d’origine maghrébine.» Insultes, synagogues incendiées, agressions physiques, des actes ayant atteint le millier par an durant les périodes d’actualité chargées au Proche-Orient (guerre du Liban de 2006, opération « plomb durci » à Gaza début 2009…) selon le rapport 2011 du Service de protection de la communauté juive.

«La situation est vraiment intenable pour les Juifs ! Nous avons peur de porter la kippa, rasons les murs… Certains envisagent même de partir vivre à l’étranger », lance Samy Gozlan, président du Bureau de vigilance contre antisémitisme, en rappelant que l’affaire Merah constitue, en la matière, un vrai tournant. «Si le soutien aux Palestiniens est concevable, l’est-il toujours lorsqu’il tourne à la haine d’Israël et des Juifs ?, questionne ce dernier, D’autant que certains justifient l’antisémitisme en arguant notre soutien à Israël. Mais est-ce un crime de manifester un attachement à un pays où nous avons, pour la plupart, de la famille et des proches?» Des propos qui en disent long sur le désarroi d’une communauté largement exposée à un conflit distant de plusieurs milliers de kilomètres.

« Le climat est, certes, préoccupant, mais gare à ne pas dramatiser les choses en invoquant systématiquement l’importation du conflit en France, nuance Marc Hecker, car le degré de violences existant de part et d’autre est loin d’être comparable. Nous n’avons pas d’attentats-suicides ici, poursuit-il en précisant que l’affaire Merah ne saurait créditer la thèse de l’importation du conflit. « Cet événement s’inscrit davantage dans la mouvance djihadiste internationale, basée en Afghanistan, certes hostile à Israël et aux juifs, mais également à l’Occident en général ». En témoigne le meurtre par Mohammed Merah de soldats français, de surcroît, de confession musulmane.

Si l’importation du conflit doit donc être relativisée, force est de constater que cette guerre déchaîne les passions, plus qu’aucune autre. « Car vivent en France les plus grandes communautés juive et arabe d’Europe», rappelle David Chemla, secrétaire européen de JCall, mouvement de citoyens juifs européens militant à la fois pour l’arrêt de la colonisation et la sécurité d’Israël.

Un intérêt passionnel toutefois loin d’être réduit au strict affrontement communautaire. Exemple probant : l’existence au sein même de la communauté juive, d’associations pro-palestiniennes comme l’Union juive française pour la paix. « Depuis 1994, nous militons en faveur des droits des Palestiniens et contre la politique ultra sioniste et d’occupation de l’État d’Israël », confirme Jean-Guy Greilsamer, co-président de l’association. Un engagement pro-palestinien aussi partagé par une frange non négligeable de syndicats et partis de gauche. « Il suffit d’aller aux nombreuses manifestations pro-palestiniennes où trônent aussi bien des drapeaux d’associations musulmanes que ceux des Verts, de la CGT, etc., pour s’en rendre compte », note Marc Hecker. C’est dire la capacité du conflit israélo-palestinien à susciter l’attention de publics hétérogènes. Et pour cause : « Au delà de son caractère asymétrique propre à générer des mouvements de solidarité en faveur de la partie « faible », ce conflit revêt une charge symbolique plus forte encore, analyse Marc Hecker. Caril évoque aussi bien des valeurs telle que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, que des faits historiques « parlant » aux citoyens des pays occidentaux, comme la Shoah, le colonialisme et plus récemment, le terrorisme.»

Autant de références connues de tous qui confèrentà cette guerre régionale, une dimension universelle. Au travers de laquelle deux récits s’opposent : la lecture coloniale et des droits de l’homme, côté pro-palestinien, et celle de la démocratie contre l’obscurantisme islamiste, côté pro-israélien. Un affrontement qui passe par des provocations multiples visant à marquer les esprits, comme les expressions « Sioniste = Nazi » ou « Nazislamisme ».

Cette guerre des mots est d’autant plus forte qu’elle est amplifiée par les médias, véritable caisse de résonance du conflit en France. « En effet, cet affrontement est l’un des plus couverts au monde, rappelle Jérôme Bourdon, sociologue des médias, responsable du département de communication à l’université de Tel-Aviv, ainsi, les médias diffusent en chaîne des images que s’approprient alors les publics». Or, en privilégiant les scènes de violence au détriment des analyses d’experts, « les médias télévisés induisent une compréhension simplifiée et binaire du conflit avec les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Une vision manichéenne qui creuse plus encore cette opposition entre chaque camp. Chacun cherchant alors à imposer ses opinions à l’autre», constate Benjamin Ferron, chercheur à l’université Rennes-1 et auteur d’une thèse sur les stratégies médiatiques des mouvements pro-israéliens et pro-palestiniens. « Résultat : c’est la surenchère perpétuelle, notamment sur les réseaux sociaux, devenus des outils de propagande et de critique pour les militants», complète Jérôme Bourdon. En témoignent les débordements sur le web, obligeant les sites Internet à clore tous commentaires sur le sujet. « Les positions se sont tant radicalisées, qu’elles obligent ceux qui n’ont pas d’avis tranché à se prononcer et, pire encore, à se ranger dans un camp », déplore M’Hammed Henniche, secrétaire général de l’Union des organisations islamiques, en relatant l’affect régnant dans les quartiers populaires sur le sujet.

Une guerre médiatique qui vise aussi les journalistes, pointés du doigt par l’opinion publique pour leur manque d’objectivité. « Le niveau de conflictualité autour du Proche-Orient est tel que la couverture des événements est elle-même sujette à controverse», confirme Benjamin Ferron. C’est pourquoi des militants n’hésitent pas à taxer la presse française d’être 100 % pro-israélienne ou pro-palestinienne. « Alors que dans les faits, c’est bien plus complexe, les positions des médias étant loin d’être unanimes, variant selon les journaux, au regard de leur ligne éditoriale, leur lectorat… Et aussi selon les époques». Des arguments qui ne suffisent toutefois pas à calmer les polémiques. En attestent les accusations du Crif contre un reportage diffusé sur France 2, fin 2011, dans l’émission « Un Oeil sur la Planète », qualifié de mensonger et d’anti-israélien. Une controverse qui rappelle aussi celle survenue en 2000, avec la diffusion d’un reportage sur la mort de Mohammed al-Durah, un enfant palestinien tué par balles. Le film qui pointait la responsabilité de l’armée israélienne dans l’assassinat fut tant critiqué, que son auteur, Charles Enderlin, de confession juive, fut taxé d’avoir « la haine de soi juive ».

« Tous les arguments sont bons pour discréditer les reporters quitte à pointer du doigt leurs origines », dénonce Jérôme Bourdon. C’est dire si les journalistes spécialistes du Proche Orient avancent sur un terrain miné ! « On doit tout le temps se justifier, prouver qu’on n’est pas des menteurs, c’est vraiment fatiguant, confirme Virginie Terrasse, photo-reporter qui a travaillé plusieurs années dans la région. Et d’ajouter: « nombre de journaux ont tellement peur de susciter la polémique, qu’ils pratiquent l’autocensure. Résultat: seuls certains sujets sur le Proche-Orient sont acceptés : ceux sur les juifs ultra orthodoxes, les mères palestiniennes, etc. Au détriment de thèmes plus sensibles, portant sur les frontières ou la colonisation».

Des pressions qui n’épargnent également pas les responsables politiques, dont les déclarations sur le sujet sont tant surveillées que l’enjeu consiste à éviter tout dérapage. Un piège dans lequel tombent pourtant certains. A l’instar d’Eva Joly, candidate écologiste à la dernière élection présidentielle, qui a « approuvé» la comparaison de « Gaza à un camp de concentration à ciel ouvert», prononcée initialement par Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière). Bien qu’elle ait exprimé ensuite ses regrets, l’affaire suscita la colère des représentants de la communauté juive. De la même manière, les propos, en mai 2012, de Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, sur « son lien éternel à Israël, à travers son épouse » suffirent à provoquer, côté pro-palestinien, un tollé sur la toile. Et à le discréditer auprès d’une partie de la communauté musulmane. 

Face à un tel climat d’irrationalité propice aux amalgames, c’est dire la difficulté pour les politiques de ne pas être catalogués dans un camp ou un autre. « Même au sein de la direction du PS, il y a une gêne à évoquer ce sujet sensible qui divise », confie Pascal Boniface, directeur de l’IRIS dont les positions critiques à l’égard d’Israël n’ont pas toujours fait l’unanimité au sein du parti (voir interview). Une raison pour laquelle il en a démissionné en 2001. «Si la gauche française a, en effet, un lien historique avec le mouvement sioniste, celui-ci ayant été porté au départ par des socialistes laïques militant pour l’autodétermination du peuple juif, rappelle Malek Boutih, ex-président de SOS Racisme et membre du bureau national du PS, la position du parti sur le conflit reste toujours la même: la co-existence de deux États». Un avis partagé par Pascal Boniface bien qu’il apporte une nuance : «Le parti reste encore prudent dans ses appels au soutien à la Palestine, et ce, pour éviter toute confusion avec les slogans anti-israéliens scandés par certains militants lors de manifestations. D’où l’absence de cortège socialiste lors des rassemblements de 2009 contre la guerre à Gaza».

Un exemple symptomatique des tabous entourant la question du Proche-Orient en France. « Les gens ont tellement peur qu’ils n’osent même plus s’exprimer sur le sujet », regrette Malek Boutih. Dès lors, l’expression de voix dissonantes au sein de chaque communauté s’avère plus risqué encore. Rony Brauman, ex-patron de Médecin sans Frontières, qui avait signé en 2003 avec d’autres personnalités juives un manifeste pour dénoncer la politique d’Israël, en fait toujours l’amère expérience. « J’ai tellement été sali par les instances juives officielles que je suis devenu persona non grata au sein de la communauté organisée. Le rejet est tellement fort que je ne peux même plus me balader rue des Rosiers, sans craindre de me faire agresser par des membres de la Ligue de Défense Juive ». Même les mouvements pacifistes plus consensuels comme JCall, ne sont pas épargnés par les intimidations. « Attaques verbales, insultes par mail, on est régulièrement taxé de traîtres par les extrémistes des deux bords. Les uns reprochant notre sionisme, les autres, notre position critique à l’égard de la colonisation israélienne », raconte David Chemla. Des positions radicales d’autant plus inquiétantes qu’elles vont crescendo, au fur et à mesure que le conflit s’enlise. «La moindre critique de la politique d’Israël est assimilée, de manière toujours plus systématique, d’antisémitisme tandis que les discours diabolisant Israël s’avèrent de plus en plus courants, le juif prenant alors la figure du colon dominateur», constate amèrement Rony Brauman.

Alors comment mettre fin à un tel cercle vicieux ?« C’est très compliqué, répond le politologue Jean-Yves Camus, d’autant que cette situation tendue est assez spécifique à la France». La raison ? « Le conflit fait écho à des problèmes de fond 100 % franco-français qui dépassent le strict cadre du conflit », répond ce dernier.

Ainsi, le Proche-Orient serait le miroir, plus encore l’exutoire, d’un panel de problématiques structurelles propres à la France, et encore laissées sans réponse… Comme la question post-coloniale, notamment celle de la guerre d’Algérie et de sa mémoire, désormais projetée sur le conflit. «Et pour cause: dans un contexte fort de concurrence mémorielle, les jeunes issus de l’immigration exigent, eux aussi, la reconnaissance des souffrances de leurs ancêtres », poursuit Jean-Yves Camus.Un besoin d’autant plus exacerbé, que les juifs, eux, ont obtenu, à coups de luttes, la reconnaissance de la Shoah, un génocide auquel la France a activement participé. « D’où une condamnation peut être plus unanime aujourd’hui de l’antisémitisme que de l’islamophobie, développe le politologue, une politique du deux poids deux mesures d’autant plus frustrante pour certains enfants d’immigrés, qu’elle s’inscrit dans un contexte où les discriminations à leur égard sont plus courantes qu’envers les juifs, auxquels ils prêtent, de plus, une situation privilégiée». Autant de mécanismes qui favorisent, dès lors, l’identification irrationnelle de certains jeunes à la souffrance des Palestiniens, devenus l’emblème des « musulmans opprimés ». Les banlieues françaises étant alors assimilées, dans leur imaginaire, aux territoires palestiniens. « De la même manière, de nombreux juifs, persuadés qu’ils n’ont plus d’avenir en France, s’identifient aux israéliens, souligne Jean-Yves Camus, alors que paradoxalement s’épanouit dans l’Hexagone une vie juive des plus dynamiques depuis les années 70». Des identités fantasmées «d’autant plus regrettables, selon M’hammed Henniche, qu’elles nous empêchent d’avancer les uns et les autres et de traiter des vrais problèmes existant en France tels que les inégalités, les discriminations, la place de la religion, etc.»

La fin deces débordements identitaires doit-elle donc passer par un arrêt des prises de positions sur le conflit ? « Certainement pas !, répond Samia Hathroubi, fondatrice de JEM EGO, Juifs et Musulmans Ensemble Génération Ouverte, nous avons tous besoin d’exprimer notre opinion. Mais apprenons à échanger avec du recul, malgré nos attachements identitaires ! Et ce, en gardant en tête que notre quotidien est ici et pas là bas». Et c’est pour favoriser une telle prise de distance, que l’association a mis en place des ateliers, visant à créer de nouvelles méthodes pour parler du sujet. « Une manière aussi du créer du lien entre ces deux communautés qui se connaissent finalement assez mal aujourd’hui encore», conclut la fondatrice. 

Article paru dans Respect Mag numéro spécial 100 % Juifs de France (octobre 2012) 

Dubaï, royaume des expatriés

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Eldorado pour les pays du tiers-monde voisins, Dubaï héberge pas moins de 90 % d’expatriés. Si le Hong-Kong du Moyen-Orient représente un tremplin économique pour les jeunes indiens, chinois ou philippins, il constitue aussi une zone de non droit pour ces « citoyens de seconde zone » parfois victimes des pires abus. Reportage.

Véritable empire construit dans le désert, la capitale économique du Moyen-Orient se distingue par ses projets architecturaux les plus fous.

«Dubaï ? C’est vraiment extra ! ». Voilà comment Lilly, une chinoise de 22 ans, employée polyvalente dans l’hôtel de luxe Zaabel Saray, niché au cœur de l’ile artificielle The Palm Jumeirah, à Dubaï, qualifie son expérience d’expatriée dans la capitale économique des Émirats-Arabes-Unis. « Depuis plus d’un an déjà, j’ai le plaisir de travailler ici, c’est vraiment une chance pour moi, pour ma carrière, car  c’est un vrai tremplin, confie-t-elle d’un air candide, je peux y développer mes compétences dans l’hôtellerie de luxe, améliorer mon anglais et enrichir mon CV. Ce qui me permettra de revenir un jour en Chine  mieux armée pour décrocher un vrai travail dans mon domaine».

 A l’instar de Lilly, des dizaines de milliers de migrants asiatiques, chinois, philippins ou encore indiens, viennent chaque année s’installer dans ce Hong-Kong du Moyen-Orient, pour y tenter leur chance. « Véritable eldorado économique pour le tiers monde voisin, les Émirats Arabes Unis sont tellement devenus attractifs, que pas moins de 90 % de sa population est aujourd’hui étrangère ! », confirme Inès, guide franco-tunisienne, qui vit aussi à Dubaï depuis plusieurs années. Une situation qui vaut également pour les autres pétromonarchies du golf, à l’instar du Qatar, Barhein ou encore Oman, qui hébergent également des communautés « d’expat » non négligeables, représentant jusqu’aux 2/3 de leur population.

Le « dishdash », longue robe blanche que portent les hommes émiratis témoignent des paradoxes d’une ville « monde », certes tournée vers le capitalisme, mais aussi soucieuse de préserver ses traditions.

 800 euros mensuels pour vivre

 A la recherche d’une vie meilleure, ces immigrés originaires des pays du sud, œuvrent souvent dans des secteurs d’activités divers : hôtellerie, transport, BTP,… A l’instar de Souhel, un pakistanais de 34 ans, installé à Dubaï depuis déjà six ans : « Au début, j’ai été agent de sureté, maintenant je suis chauffeur de taxi ». Si les offres d’emploi regorgent à Dubaï, ville-monde en perpétuelle mutation (35 % des grues de la planète se trouveraient dans la cité !), elles proposent toutefois des salaires très bas. « Sur les 12 000 dirams que je réalise par mois, je dois en verser 8 000 à mon employeur. Résultat: il ne me reste plus que 4 000 dirams, soit 800 euros, pour vivre, ce qui est vraiment pas grand chose dans une ville comme celle-ci », confie amèrement Souhel. D’autant que pour générer un tel cash, le jeune homme doit travailler 7j/7 ! « Généralement, je m’offre deux soirs par mois pour décompresser. Mais le mois dernier, je n’ai pu faire qu’une sortie, du coup, je suis vraiment lessivé».

 Atteintes aux droits de l’homme

 C’est dire si derrière les images clichés de Dubaï mêlant grattes ciels monumentaux, centres commerciaux gigantesques et safaris dans le désert, la vie quotidienne pour nombre de ses expatriés est loin d’être rose. « Qui plus est dans un pays autoritaire où le droit du travail est réduit à peau de chagrin », confie discrètement la guide franco-tunisienne. En témoignent les nombreux abus (violences physiques, séquestrations…) pratiquées par certaines familles émiratis à l’encontre de leurs femmes de ménages philippines et sri lankaises, largement signalés par Amesty International. « Il faut travailler dur içi, on n’a pas le choix. Quand mon employeur voit que je rechigne, il me dit: et bien vas t’en, j’en trouverai bien une centaine d’autres pour te remplacer », raconte Souhel qui dit faire face à une vraie « injustice». Au point de vouloir quitter Dubaï pour retourner Pakistan ? « Certainement pas, nuance ce dernier, ici au moins, il y a du travail, alors que chez moi, je n’ai aucune perspective».

A l’hôtel de luxe Zaabel Saray, la grande majorité du personnel est expatriée. Ces trois employées polyvalentes, originaires du Viet-Nam, y travaillent depuis déjà plusieurs mois.

 Un empire dans le désert

 Et c’est bien le créneau sur lequel surfe la mégalopole arabe, distante d’à peine une heure du Pakistan et de deux heures de l’Inde, pour bâtir son empire dans le désert. « Ici, les expatriés sont payés en fonction du niveau de vie de leurs pays respectifs. Ainsi, un Égyptien sera toujours mieux rémunéré qu’un Indien, et ainsi de suite », détaille Inés. Un constat confirmé par Lilly qui vit dans une résidence de travailleurs (loyer payé par l’employeur), partageant sa chambre avec trois autres personnes, une chinoise et deux russes. « Moi je gagne 1 300 dirams par jours, soit 250 euros alors que mes collègues libanaises touchent elles 2 000 dirams ». Et de renchérir: « Oui, le quotidien n’est pas facile, mais au moins je peux envoyer de l’argent à ma famille en Chine. Et puis, j’aime vivre içi, c’est plus confortable et plus sûr que dans mon pays».

Des discours angéliques qui ne peuvent toutefois éclipser le statut de « citoyen de seconde zone » auquel sont soumis, aujourd’hui encore, Lilly comme les autres. Inès raconte: « quand on est expat, qui plus est originaire du tiers monde, gare à ne pas être impliqué dans le moindre incident avec des locaux, ne serait-ce qu’un accrochage en voiture sans gravité. Car vous pouvez être envoyé illico en prison, sans le moindre jugement, et ce même si vous n’êtes pas  fautif». De quoi donner froid dans le dos…

Written by MinoriTerres

juillet 1, 2012 at 11:16