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L’islam noir, en quête de reconnaissance

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Présents depuis un siècle en France, les Noirs musulmans peinent encore à être reconnus par leurs correlégionnaires maghrébins. En cause : un mépris ancré et ancien qui perdure à l’égard de « l’islam noir ». 

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Sénégal, Mali, ou encore Côte d’Ivoire. Autant de pays dont la communauté noire musulmane de France est originaire. « Cette immigration islamique forte d’environ 500 000 âmes remonte à la première guerre mondiale avec la participation de 160 000 tirailleurs sénégalais à l’effort de guerre », raconte Bakary Sambe, enseignant chercheur au CRAC – Université Gaston Berger de Saint-Louis au Sénégal. Un courant d’immigration plus large se dessine vers la fin des années soixante, quand les crises économiques dans les pays africains indépendants se couplent aux besoins français de main-d’œuvre. Bien que «l’islam noir » soit historiquement vieux d’un millénaire (avec l’islamisation pacifique de l’Afrique sub-saharienne dès le 11ème siècle par des marabouts locaux), « il reste encore le parent pauvre de l’islamologie classique, étant relégué à une place périphérique en France comme ailleurs », déplore Bakary Sambe. Les Noirs musulmans, des fidèles de seconde zone au sein de la communauté islamique de France ? « Oui, répond le chercheur, il existe une vraie hiérarchisation. En témoigne le manque de représentativité de l’islam africain dans les instances communautaires françaises, telles que le CFCM et l’UOIF, aujourd’hui dominées par les seuls maghrébins», explique Bakary Sambe.

D’un islam « spécifique » à un islam « paria ».

Parmi quelques 2000 mosquées implantées dans l’Hexagone, «seules une poignée sont dirigées par des imams noirs», rappelle Cheikh Ahmad Ndiéguène, imam de la mosquée Bilal, basée à Marseille. Géré par la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles, le lieu de culte rassemble toutefois, à chaque office, des croyants d’origine maghrébine comme subsaharienne. «La diversité des origines ne doit pas diviser mais rassembler. Malgré des pratiques religieuses hétérogènes d’un groupe à l’autre, la question des races ne se pose pas dans ma mosquée», explique le religieux. Un cas isolé qui confirme la règle ? «Oui, répond Bakary Sambe preuve en est avec le bannissement des pratiques religieuses des afro-musulmans dans certaines mosquées ‘puristes' ». L’un des derniers exemples en date: « l’opposition de certains maghrébins de la ville de Taverny, dans le Val d’Oise, de venir prier dans la mosquée de la confrérie mouride, originaire d’Afrique de l’ouest, tout juste ouverte», relate le chercheur.

Mais pourquoi un tel rejet ? « Ce mépris est très ancré et ancien, note Bakary Sambe, tant dans l’imaginaire collectif, la figure du musulman modèle est celle d’un arabe s’exprimant dans la langue du Coran. Même en France, il est difficile de sortir de ce clivage opposant l’islam arabe ‘authentique’ à un autre, inférieur, cantonné à une image folklorique ». Des clichés que certains Noirs musulmans eux-mêmes ont fini pas intégrer. « Toutefois, d’autres voix s’élèvent également pour s’insurger contre l’appellation même ‘d’islam noir’, en rappelant qu’on ne parle pas systématiquement de ‘christianisme noir’ « , rappelle Bakary Sambepour qui une telle notion reflète une conception paternaliste, voire raciste, des musulmans africains. 

Place aux courants soufis ?

Un discours que tente de relativiser un ex-imam maghrébin ayant œuvré dans le 93 et voulant garder l’anonymat : «Certes, la mixité entre nos deux communautés n’est pas toujours aisée, mais le problème ne vient pas du racisme, loin s’en faut ! Il s’explique surtout par l’ignorance et la méconnaissance mutuelle entre deux groupes aux histoires, langues, cultures, formes de religiosité et pratiques d’organisation très différentes». Certains signes montrent que la donne pourrait évoluer. Comme l’ouverture progressive de l’islam de France vers certains courants soufis tels que La Tijâniyya largement implanté en France. Exemple probant : depuis 2005, la Grande Mosquée de Lyon accepte qu’y soit organisé le 1er forum national annuel de cette confrérie. « Dans le contexte actuel, l’islam de France a tout intérêt, aujourd’hui, à s’ouvrir vers  cette forme de religiosité plus tolérante »,  veut croire Bakary Sambe.

(Zoom) Europe : un continent aux islams pluriels

Si seize millions de musulmans vivant aujourd’hui en Europe, ils sont loin de former un groupe monolithique. Tant leurs histoires se conjuguent au pluriel. Ainsi, au-delà des présences issues d’anciens pays coloniaux – les 5 à 6 millions de Français musulmans et les 2 millions de Britanniques d’origine pakistanaise et bangladaise – nombre de communautés d’Europe ne constituent en rien des minorités « post-coloniales ». A l’instar des trois millions d’allemands d’origine turque, venus dans les années 60, pour répondre aux besoins de main d’œuvre du pays. Enfin, soulignons surtout, le cas singulier des pays balkaniques, comme la Bosnie et l’Albanie. Tous deux de culture islamique, ils sont peuplés de musulmans d’origine 100 % européenne. Leur présence n’est donc pas le fruit d’immigrations venues des pays du sud. Au contraire, ces slaves de culture et d’histoire se sont librement convertis à l’islam sunnite dès le 15ème siècle, alors que la région était ottomane. Assez pratiquants, ils restent très influencés par la culture occidentale. Leur pratique n’est souvent pas rigoriste et le port du voile n’a jamais été soutenu. Seuls la non consommation de porc et le ramadan sont suivis.

Written by MinoriTerres

novembre 30, 2013 at 1:24

Viva Cuba ?

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Si Cuba donne l’image d’une nation démunie, aspirée par plusieurs décennies de communisme, le pays reste toutefois porté par sa musique unique et sa culture atypique. Une magie cubaine qui s’opère également à travers la diversité exceptionnelle de sa population. Reportage dans une société qui a su transcender les différences ethniques, mais pas les inégalités sociales.

Dernier bastion communiste d’Amérique Latine, Cuba vit encore et toujours sous le joug de l’embargo américain.

« Hola amigos, bienvenue dans le pays le plus sûr du monde! ». Voilà comment Sabina, une jeune cubaine, essaie d’engager la conversation avec deux touristes français déambulant dans une rue animée de La Havane. Une démarche à première vue amicale, bien qu’elle vise un objectif plus pragmatique : emmener le jeune couple dans un bar pas très loin, histoire de toucher quelques commissions sur les boissons qu’ils savoureront en sa compagnie.

A l’instar de cette rabatteuse, bon nombre de cubains profite aujourd’hui de ces combines pour arrondir leurs fins de mois. «Sans les petits business générés par le tourisme, nous ne pourrions pas nous en sortir, reconnaît, pour sa part, Roger, un cubain qui travaille officiellement à la gare de la Havane, car il constitue l’une de nos premières rentrées d’argent ». Et pour cause: chaque année, Cuba reçoit pas moins de deux millions de visiteurs. C’est dire la manne financière que représente un tel marché pour un peuple qui vit toujours sous le joug de l’embargo américain.

Les vieilles buick américaines des années 50 sont encore monnaie courante sur l’île et constitue l’un de ses principaux symboles.

Cuba, un pays développé ?

Si l’image carte postale du dernier bastion communiste d’Amérique a toujours de quoi séduire les touristes : siroter des mojitos au soleil, danser la salsa, se baigner dans la mer turquoise…, elle n’en cache pas moins une réalité des plus sombre. « A Cuba, on ne vit pas, on survit seulement, c’est la débrouille continuelle », renchérit tristement Roger. Et c’est bien là tout le paradoxe de l’île:  bien qu’elle caracole à la 52ème place des pays les plus développés de la planète (niveau similaire à l’Argentine ou la Bulgarie, selon le classement IDH de 2009), la population, elle, ne s’est jamais sentie aussi démunie.

En témoigne les tickets de rationnement et taxes multiples auxquels la population est encore soumise. Ainsi, rappelons que les producteurs de cigares sont obligés de revendre la majeure partie de leur production à bas prix à l’État. Le gouvernement mène également la vie dure aux détenteurs de « Casa particular », habitations cubaines habilitées à loger les touristes. Ainsi, pour chaque chambre louée, ils doivent payer des centaines de dollars de taxes par mois aux autorités cubaines.

Principal point d’attrait touristique, la salsa constitue également un véritable ciment social et identitaire entre les Cubains.

Des inégalités flagrantes

Autre difficulté, pour le moins surprenante, qui pèse sur la population, et in fine, la divise : l’usage au quotidien de deux monnaies. Celle dite « convertible » ou CUC, dédiée aux touristes et aux Cubains riches, et le peso, réservé aux Cubains les plus pauvres. Un système pervers engendrant une économie à deux vitesses, et donc des inégalités de taille que la révolution cubaine était pourtant censée faire disparaître. Résultat: alors que certains Cubains ayant accès au convertible, arborent aujourd’hui les plus beaux vêtements, d’autres en sont réduits à harceler les touristes pour un simple t-shirt ou déodorant.

Cette contradiction flagrante avec l’idéologie dominante ne doit pourtant pas éclipser la survivance d’un système communiste toujours bien en place. Et il se traduit, par exemple, par un système, à minima, de redistribution des richesses assurant un certain niveau de vie à l’ensemble de la population. Ainsi, tous les Cubains disposent aujourd’hui encore d’un vrai accès à l’éducation, couplé d’un système de santé à faire pâlir bon nombre de pays sud-américains.

Un système liberticide

La propagande d’Etat à l’effigie du Che comme de Fidel vise un seul but: préserver coûte que coûte l’héritage révolutionnaire de l’île. Quitte à interdire toute autre forme de liberté d’expression…

« Certes, on ne vit pas dans la misère içi, mais on n’a aucun avenir, aucune perspective», nuance Felipe Junior, gardien d’un jardin public à la Havane. Si ce dernier parle couramment trois langues (espagnol, anglais et allemand) et possède chez lui la plupart des équipements modernes (téléviseur, micro ondes…), il déclare pourtant lui manquer l’essentiel: la liberté. « Beaucoup de gens disent que Cuba est le pays le plus sûr d’Amérique Latine. Mais quoi de plus normal avec tous ces policiers postés partout dans les rues? Officiellement, ils disent « protéger » les touristes. Mais en vrai, c’est pour nous surveiller, afin que personne ne raconte ce qui se passe içi », détaille ce dernier laconiquement, en citant comme premier moyen de contrôle de la population, les fameux « Comités de défense de la Révolution ».

Implantés un peu partout dans les villes cubaines, ils ont pour mission de lutter coûte que coûte contre les opposants potentiels au régime castriste. Et notamment tous ceux qui osent ouvertement critiquer les messages de propagande à l’effigie du Che ou de Fidel, visibles dans les rues et sur les autoroutes. « Depuis la révolution de 1959, on en est toujours au même point », déplore Felipe Junior, qui rêve un jour de pouvoir quitter le pays. Et d’ajouter: « A Cuba, nos seuls liens sont avec le Vénézuela. Mais eux là bas sont libres, alors que nous, toujours pas ».

L’image d’une société 100 % diversifiée

Ultra métissée, la population cubaine est largement caractéristique de la société créole née de la colonisation espagnole et de l »esclavage d’africains.

On l’aura compris, Cuba donne encore largement l’image d’un pays exsangue dont la vie semble avoir été aspirée par plusieurs décennies de politique austère. Pourtant, tout n’est pas noir sur l’île, comme aiment à le répéter nombre de ses habitants… Tant cette nation dynamique semble encore boostée par sa musique et sa culture atypique. En effet, au delà d’une histoire révolutionnaire qui a marqué les consciences, la magie cubaine s’opère largement à travers la diversité exceptionnelle de sa population, héritage de la société créole née de la colonisation espagnole et de l »esclavage d’africains. Si, le dernier recensement effectué en 2002 sur l’ile, a dénombré 24 % de métis, 65 % de blancs, 10 % de noirs et 1 % de chinois, vivant à Cuba, c’est  toutefois l’image d’une société  100 % mélangée et non communautarisée, qui s’est imposée. Et ce grâce à l’émergence d’une culture afro-cubaine originale, devenue un véritable ciment social et identitaire entre les différentes « ethnies ».

« Mais ça n’a pas toujours été le cas. Du temps de Batista, les trois sociétés, blanche, métisse et noire, vivaient totalement séparées, rappelle Mireya, une métisse cubaine, professeur de salsa à ses heures à Trinidad. Pire, un racisme institutionnalisé était exercé à l’encontre des descendants d’esclaves. Mais depuis la révolution, les Cubains sont désormais plus égaux. Ainsi, les préjugés ont globalement disparu, excepté parmi les vieilles générations ». Une équité raciale toutefois loin d’être parfaite. En effet, rappelons que parmi les grandes figures révolutionnaires, les noirs et les métis n’étaient qu’une poignée. Et parmi la grande majorité des exilés cubains installés aujourd’hui en Floride, en Espagne, etc., les noirs restent peu nombreux. Enfin, si les villes cubaines ne connaissent pas aujourd’hui les phénomènes des gangs, les noirs et métis vivent encore dans les quartiers les plus populaires. Largement évocateur, ce constat ne suffit pourtant pas à faire déchanter les derniers défenseurs du miracle cubain, toujours convaincus par « l’exceptionnalité » de leur pays. Comme Lester, un barman qui travaille à Rémédios, une bourgade près de Santa Clara: « A Cuba, il n’y a ni Noirs, ni Blancs, ni riches, ni pauvres. On est tous égaux, tous Cubains, et fiers de l’être».

Article paru sur le site d’information CitaZine

Written by MinoriTerres

septembre 9, 2011 at 6:59

Immigrés noirs africains à Paris : « La liberté, l’indépendance, ça s’arrache »

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Coincé entre Gare de l’est et Strasbourg Saint Denis, le quartier des coiffeurs de Château d’eau (10 ème arrondissement) abrite une des plus grandes communautés noires de Paris. Ses habitants nous parlent de leur quotidien pas toujours facile.  Reportage vidéo (cliquez sur le lien ci-dessous). http://www.dailymotion.com/video/xnqzi2_la-liberte-l-independance-ca-s-arrache_news

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Written by MinoriTerres

mai 28, 2011 at 12:04