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Le blog des minorités et des appartenances ethniques

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Le soufisme, quand le mysticisme illumine l’islam !

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kabir

Voilà un courant de l’islam un peu moins inconnu en France depuis que le rappeur Abd al-Malik s’en réclame. Le soufisme, branche mystique de l’islam organisée en confréries implantées partout dans le monde, a une particularité: faire valoir une forme apaisée de religion. En effet, contrairement à l’islam orthodoxe (salafiste ou wahabiste) davantage dogmatique, le soufisme se distingue par l’importance de la méditation, une démarche encadrée par un maître qui guide les disciples jusqu’à l’union à Dieu.

« Pour nous, l’islam n’est que le premier degré d’une voix menant à l’excellence. Certains y trouvent une paix intérieure qui favorise la paix avec les autres», détaille Isabelle, musulmane convertie, appartenant à la confrérie Alaouia, fondée à Mostaganem, en Algérie, il y a environ un siècle. « Le soufisme est rentré dans ma vie un peu par hasard, confie cette dernière, depuis il m’a permis de me reconnecter avec moi-même »,. Marbouha, pratiquante française d’origine algérienne, appartenant à la même confrérie, décrit sa vie de soufie au quotidien : « Je pratique chaque matin et soir le wird, des récitations en louange au prophète et à Dieu. Lors de réunions hebdomadaires, nous pratiquons aussi le Dhikr, des appels incantatoires pour purifier l’âme. Enfin, quelques fois dans l’année, nous nous retrouvons en petits groupes dans un endroit retiré pour effectuer des retraites spirituelles ». 

Autant de rassemblements qui mêlent hommes et femmes de toutes origines : maghrébine, subsaharienne… « Au delà de la quête de sagesse et de connaissance, nous voulons diffuser un vrai message d’amour et de tolérance favorisant le vivre ensemble, complète Isabelle, cela étant, le soufisme est encore peu connu des musulmans de France qui associent parfois notre mysticisme à de l’idolâtrie ». Encore marginalisé par l’islam « officiel », ce courant discret est aussi peu présent dans le champ médiatique saturé par l’actuel climat islamophobe, ainsi que par les courants salafistes qui phagocytent l’image de cette religion. Tout cela semble aux antipodes des valeurs d’ouverture et de spiritualité du soufisme qui gagneraient à être véhiculées plus largement dans ce contexte de radicalisation fruit d’un climat social tendu. A chaque soufi anonyme de trouver un moyen pour cela !

 

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mars 31, 2017 at 8:41

A la recherche de la question noire

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Si l’étude de l’histoire noire est monnaie courante aux États-Unis, via ses fameuses « black studies », en France, on peine encore à généraliser ce type d’enseignements. Deux approches très différentes, symptomatiques de la manière dont ces pays appréhendent, à leur façon, la question noire.

Noirs de France

Comment se caractérise « l’art de vivre » afro-américain ? Qui sont les précurseurs de l’activisme noir outre-atlantique ? Pour répondre à ces questions, les Etats-Unis disposent de pléthores centres de documentations ou de recherches dédiés à la minorité noire. A l’instar du célèbre Schomburg center for research in Black Culture basé à New York. Par contre, si vous vous posez les mêmes questions sur les Noirs de France, fort à parier que votre recherche tournera vite au casse tête… Tant les lieux de ressources sur l’histoire noire française manquent dans l’Hexagone. Exemple probant : en France, il n’existe pas un seul musée dédié à cette population. Et c’est justement pour pallier cette situation, que le Cran (Conseil représentatif des associations noires) milite depuis plusieurs années pour la mise en place d’un institut des mondes noirs conçu sur le même modèle que l’institut du monde arabe. « Ce projet qui a pour vocation de rassembler, entre autres, documents et archives sur l’histoire des Noirs de France, avait suscité l’adhésion de Nicolas Sarkozy peu après son élection, raconte Louis-George, mais depuis, il est resté lettre morte». Une configuration issue d’une tradition assimilationiste bien franco-française empêchant toute « promotion » des minorités ethniques sur la scène publique, et donc du fait « noir ». « Ce n’est pas dans l’Histoire que l’homme noir n’est pas rentré, analyse Louis-George Tin, porte parole du Cran, en ironisant les propos de Nicolas Sarkozy lors de son discours à Dakar en 2007, mais bien dans l’historiographie française! ». En effet, face à un communautarisme qui inquiète, la question noire est encore passée sous silence quitte à dénier l’existence même de ce groupe ethnique au sein de la société française. « Dans ces conditions, comment pourrait-on enseigner légitimement cette histoire dans les institutions?», s’interroge Maboula Soumahoro, maître de conférence en histoire afro-américaine à l’université de Tours, en rappelant que les facultés françaises restent paradoxalement plus enclines à enseigner l’histoire des Noirs américains, que celle des Noirs français.

En effet, la question noire française s’impose très rarement dans les programmes universitaires. Certes, il existe ça et là quelques départements d’étude dédiés à l’étude anthropologique, archéologique, politique, etc. du continent noir. A l’instar du Cemaf (Centre d’étude des mondes africains), rattaché à l’Université Paris I, ou du Ceaf (Centre d’études africaines), dépendant de l’Ehess (Ecole des hautes études en sciences sociales). Mais ni l’un ni l’autre n’abordent réellement la minorité noire en France (les conditions d’immigration/d’intégration des Noirs dans l’Hexagone, leur diversité ethnique et culturelle, etc.). « Du côté des chercheurs, certains travaillent de façon isolée sur cette population. D’autres ont même crée des réseaux informels en la matière. Mais cela n’a rien de comparable avec ce qui existe outre-atlantique », déplore Louis George Tin. Preuve en est avec la généralisation des fameuses « black studies » dans la quasi-totalité des universités du pays. « Ces départements ont poussé comme des champignons dans les années 70 face aux manifestations étudiantes de l’époque qui s’inscrivaient en totale continuité avec les luttes pour les droits civiques», explique Rahsaan Maxwell, professeur en sciences politiques à l’Université du Massachussets Amherst. Plus encore, les Etats-Unis comptent à ce jour une centaine d’universités dites « noires ». Des établissements communautaires où la part belle est faite au traitement de la question noire. Même si on y trouve aussi des cursus généralistes (médecine, droit, etc.). « Pur produit de l’histoire raciale américaine, ces facultés ont été crées à la suite de l’abolition de l’esclavage en 1865 pour offrir aux affranchis un accès à l’éducation, rappelle Maboula Soumahoro. Aussi, l’exportation de telles universités dans l’Hexagone serait impensable, l’histoire noire française étant radicalement différente». En effet, les Noirs sont arrivés massivement dans l’Hexagone, plus tardivement, autour des années 60. De plus, contrairement aux États-Unis, l’esclavage s’est pratiqué à des milliers de kilomètres dans les DOM-TOM, « expliquant » ainsi son déni dans le débat public. Et par la même occasion, celui de l’histoire générale des Noirs français. « Mais les choses commencent à évoluer aujourd’hui », nuance Myriam Cottias, directrice de recherche du CIREF (Centre de recherches internationales sur l’esclavage), rattaché au CNRS et crée à la demande du gouvernement à la suite des émeutes de 2005. « Ces événements ont fait prendre conscience aux pouvoirs publics de la nécessité de transmettre enfin l’héritage de l’esclavage, prélude à un traitement, à terme, plus élargi de la question noire française», renchérit la directrice de recherche.

Un processus déjà boosté en 2001, avec la loi Taubira imposant entre autre l’enseignement de la traite négrière dans les programmes scolaires. « En dix ans, les progrès parcourus en la matière sont notables », note Frédéric Lazorthes, secrétaire général du CPHME, Conseil pour l’histoire et la mémoire de l’esclavage, crée en 2004 dans la foulée de la loi Taubira. En effet, l’esclavage est désormais « évoqué » à l’école primaire et même enseigné au collège. Notamment en classe de quatrième où les élèves suivront, dès la rentrée 2011, des cours sur la société coloniale et esclavagiste. Des avancées qui restent toutefois très fragiles. « Les révisions incessantes des programmes scolaires d’une année sur l’autre ne permettent pas de garantir la pérennité de tels enseignements », explique Frédéric Lazorthes, en rappelant que le CPHME a envoyé en début d’année une lettre au gouvernement pour protester contre la réforme en 2010 des programmes de seconde réduisant la place accordée à l’histoire de l’esclavage. « La traité négrière constitue le point d’entrée privilégié pour aboutir, à terme, vers un enseignement plus exhaustif de l’histoire noire, incluant notamment la période coloniale encore trop peu traitée aujourd’hui », indique Frédéric Lazorthes. L’objectif final étant d’aboutir à un traitement historique totalement déconnecté du modèle noir américain, souvent érigé en référence. « Il ne faut pas se tromper d’histoire. En France, les Noirs forment un groupe culturellement très hétérogène, divisé notamment entre Antillais et Africains de l’Ouest », précise Frédéric Lazorthes, et cette singularité devra être prise en compte lorsque émergera dans notre pays un véritable traitement de la question noire».

Zoom : «Les Black british se situent dans un entre-deux»

Et quid du traitement de l’histoire des Noirs au Royaume-Uni? « En comparaison avec la France et les États-Unis, on peut dire que la configuration britannique  se situe dans un entre deux », répond Harry Goulborne, professeur de sociologie à London South Bank University. Point commun avec l’Hexagone, l’Angleterre est dépourvue de « Black Studies Departments » dans ses universités. « Seuls quelques cours, plus dédiés à l’Afrique noire qu’aux Black British, sont enseignés ça et là, au London Metropolitan University ou encore à l’université d’Oxford via son Centre d’études de l’Afrique de l’Ouest». Toutefois, comme aux États-Unis, l’Angleterre dispose de centres d’archives dédiés à 100 % à l’histoire des Noirs du pays. A l’instar du « Black cultural archives » ou encore de l’institut George Padmore, tous deux basés à Londres. La littérature noire se veut également très dynamique à Londres avec la présence de maisons d’édition réunies au sein de l’IBP (Independent Black Publishers). « Parmi, celles-ci, le Bogle L’Ouverture, lancé en 1968 par Jessica and Eric Huntley a largement contribué à la formation de la communauté noire à Londres ».  Autant d’éléments qui illustrent la vitalité associative des « Black British ». « Contrairement aux Noirs de France, les Noirs d’outre-manche sont bien plus présents dans le débat public national ».

L’islam noir, en quête de reconnaissance

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Présents depuis un siècle en France, les Noirs musulmans peinent encore à être reconnus par leurs correlégionnaires maghrébins. En cause : un mépris ancré et ancien qui perdure à l’égard de « l’islam noir ». 

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Sénégal, Mali, ou encore Côte d’Ivoire. Autant de pays dont la communauté noire musulmane de France est originaire. « Cette immigration islamique forte d’environ 500 000 âmes remonte à la première guerre mondiale avec la participation de 160 000 tirailleurs sénégalais à l’effort de guerre », raconte Bakary Sambe, enseignant chercheur au CRAC – Université Gaston Berger de Saint-Louis au Sénégal. Un courant d’immigration plus large se dessine vers la fin des années soixante, quand les crises économiques dans les pays africains indépendants se couplent aux besoins français de main-d’œuvre. Bien que «l’islam noir » soit historiquement vieux d’un millénaire (avec l’islamisation pacifique de l’Afrique sub-saharienne dès le 11ème siècle par des marabouts locaux), « il reste encore le parent pauvre de l’islamologie classique, étant relégué à une place périphérique en France comme ailleurs », déplore Bakary Sambe. Les Noirs musulmans, des fidèles de seconde zone au sein de la communauté islamique de France ? « Oui, répond le chercheur, il existe une vraie hiérarchisation. En témoigne le manque de représentativité de l’islam africain dans les instances communautaires françaises, telles que le CFCM et l’UOIF, aujourd’hui dominées par les seuls maghrébins», explique Bakary Sambe.

D’un islam « spécifique » à un islam « paria ».

Parmi quelques 2000 mosquées implantées dans l’Hexagone, «seules une poignée sont dirigées par des imams noirs», rappelle Cheikh Ahmad Ndiéguène, imam de la mosquée Bilal, basée à Marseille. Géré par la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles, le lieu de culte rassemble toutefois, à chaque office, des croyants d’origine maghrébine comme subsaharienne. «La diversité des origines ne doit pas diviser mais rassembler. Malgré des pratiques religieuses hétérogènes d’un groupe à l’autre, la question des races ne se pose pas dans ma mosquée», explique le religieux. Un cas isolé qui confirme la règle ? «Oui, répond Bakary Sambe preuve en est avec le bannissement des pratiques religieuses des afro-musulmans dans certaines mosquées ‘puristes' ». L’un des derniers exemples en date: « l’opposition de certains maghrébins de la ville de Taverny, dans le Val d’Oise, de venir prier dans la mosquée de la confrérie mouride, originaire d’Afrique de l’ouest, tout juste ouverte», relate le chercheur.

Mais pourquoi un tel rejet ? « Ce mépris est très ancré et ancien, note Bakary Sambe, tant dans l’imaginaire collectif, la figure du musulman modèle est celle d’un arabe s’exprimant dans la langue du Coran. Même en France, il est difficile de sortir de ce clivage opposant l’islam arabe ‘authentique’ à un autre, inférieur, cantonné à une image folklorique ». Des clichés que certains Noirs musulmans eux-mêmes ont fini pas intégrer. « Toutefois, d’autres voix s’élèvent également pour s’insurger contre l’appellation même ‘d’islam noir’, en rappelant qu’on ne parle pas systématiquement de ‘christianisme noir’ « , rappelle Bakary Sambepour qui une telle notion reflète une conception paternaliste, voire raciste, des musulmans africains. 

Place aux courants soufis ?

Un discours que tente de relativiser un ex-imam maghrébin ayant œuvré dans le 93 et voulant garder l’anonymat : «Certes, la mixité entre nos deux communautés n’est pas toujours aisée, mais le problème ne vient pas du racisme, loin s’en faut ! Il s’explique surtout par l’ignorance et la méconnaissance mutuelle entre deux groupes aux histoires, langues, cultures, formes de religiosité et pratiques d’organisation très différentes». Certains signes montrent que la donne pourrait évoluer. Comme l’ouverture progressive de l’islam de France vers certains courants soufis tels que La Tijâniyya largement implanté en France. Exemple probant : depuis 2005, la Grande Mosquée de Lyon accepte qu’y soit organisé le 1er forum national annuel de cette confrérie. « Dans le contexte actuel, l’islam de France a tout intérêt, aujourd’hui, à s’ouvrir vers  cette forme de religiosité plus tolérante »,  veut croire Bakary Sambe.

(Zoom) Europe : un continent aux islams pluriels

Si seize millions de musulmans vivant aujourd’hui en Europe, ils sont loin de former un groupe monolithique. Tant leurs histoires se conjuguent au pluriel. Ainsi, au-delà des présences issues d’anciens pays coloniaux – les 5 à 6 millions de Français musulmans et les 2 millions de Britanniques d’origine pakistanaise et bangladaise – nombre de communautés d’Europe ne constituent en rien des minorités « post-coloniales ». A l’instar des trois millions d’allemands d’origine turque, venus dans les années 60, pour répondre aux besoins de main d’œuvre du pays. Enfin, soulignons surtout, le cas singulier des pays balkaniques, comme la Bosnie et l’Albanie. Tous deux de culture islamique, ils sont peuplés de musulmans d’origine 100 % européenne. Leur présence n’est donc pas le fruit d’immigrations venues des pays du sud. Au contraire, ces slaves de culture et d’histoire se sont librement convertis à l’islam sunnite dès le 15ème siècle, alors que la région était ottomane. Assez pratiquants, ils restent très influencés par la culture occidentale. Leur pratique n’est souvent pas rigoriste et le port du voile n’a jamais été soutenu. Seuls la non consommation de porc et le ramadan sont suivis.

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novembre 30, 2013 at 1:24

La Réunion, française mais pas trop !

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Officiellement engagé contre le colonialisme, l’Hexagone reste toutefois déterminé à conserver ses « possessions d’outre mer ». Des DOM-TOM, qui pour nombre de Français, appartiennent très naturellement à leur pays. Pourtant, des organisations étrangères ne voient pas les choses du même œil. A commencer par l’Union africaine qui fustige aujourd’hui encore, « l’occupation étrangère » de La Réunion.

D’origine africaine et/ou malgache, les cafres constituent l’éthnie la plus ancienne de La Réunion, amenée de force sur l’île, lors de l’esclavagisme français.

« Je vais aller voir ma famille en métropole ! ». Combien de Réunionnais ont prononcé cette phrase avec un large sourire aux lèvres, si impatients de retrouver leurs proches en France, dont ils sont séparés par au moins 10 000 km ? Pardonnez moi d’ailleurs, l’utilisation du terme « France » qui est ici mal appropriée. Car, nous le savons tous, La Réunion fait officiellement partie de la mère patrie et l’exclure ainsi de la communauté nationale pourrait heurter plus d’une sensibilité. Une évidence franco-française que nos voisins européens ont toutefois bien du mal à saisir. En effet, le terme même de « Métropole », largement utilisé dans les DOM-TOM pour désigner la France gêne l’Union européenne. Aussi, pour favoriser le « politiquement correct », celle-ci privilégie dans ses traités l’expression juridique : « territoire européen de la France ».

Droit à l’autodétermination des peuples

Mais pourquoi un tel embarras autour d’un terme utilisé dans le langage courant en dehors de tout contexte neo colonial ? Tout simplement car, celui-ci relève d’un abus de langage. En effet, le mot métropole est ce qui s’oppose, en droit, aux colonies. Or, les collectivités d’outre mer (et  les DOM plus encore) ne sont juridiquement plus des colonies depuis la constitution française de 1946.

Mafate, l’un des  cirques de La Réunion, où les marrons (esclaves qui refusèrent l’asservissement), prirent refuge à partir du 17ème siècle. Le marronnage a largement marqué l’histoire de l’île et ses légendes populaires.

C’est dire la difficulté de qualifier les relations entre la France « Métropolitaine » et ses DOM-TOM sans faire de vagues ! Car si la nation française, membre de l’Union européenne et du conseil de sécurité de l’Onu, se prononce officiellement pour le droit à l’autodétermination pour les peuples et pays colonisés, elle reste encore déterminée à conserver ses « confettis d’empire » (terme utilisé par Napoléon pour qualifier avec mépris les dites « possessions d’outre mer »). Une spécificité qui reste d’ailleurs propre à l’Hexagone.

En effet, si le Royaume Uni possède encore une douzaine de territoires d’outre mer (Gibraltar, Bermudes, Iles Caïman, etc.), ces derniers ne font pas partie intégrante de l’Etat britannique. De plus, ils conservent totalement ou partiellement leur souveraineté tout en demeurant sous l’autorité de la Couronne dans le cadre du Commonwealth. Un rôle que la reine occupe d’ailleurs de manière tout à fait protocolaire alors que Nicolas Sarkozy est bel et bien le patron des DOM-TOM, qu’il finance et contrôle.

Une forme de néocolonialisme?

Au final, seule la situation du Danemark, dans sa manière de contrôler le Groenland (qui fait officiellement partie du territoire danois) peut être comparable à celle de la France. Toutefois, rappelons que les Inuits du Groenland bénéficient depuis 1979 d’une véritable autonomie politique, dont peu de « possessions françaises » peuvent aujourd’hui s’enorgueillir (à l’exception de certains TOM, comme la Nouvelle Calédonie). Aussi, La Réunion, en tant que département français au même titre que l’Algérie avant 1962, constitue bel et bien (avec la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane) un cas juridique quasi unique en « Europe ». Reliquat d’une politique coloniale française encore d’actualité ou simple particularité du territoire français, fruit d’une histoire impériale 100 % révolue? Difficile de répondre à ce dilemme sans prendre en compte une donnée clé : la position catégorique de l’Union africaine en la matière, qui fustige encore aujourd’hui « l’occupation étrangère » de La Réunion en ne manquant pas de désigner ce territoire comme africain  (voir le plan stratégique de l’Union africaine réalisé en mai 2004: http://www.africa-union.org).

Une enfant créole, issue de la communauté malbare

On l’aura compris, la question de la Réunion s’inscrit, elle aussi, dans la longue liste des contentieux non résolus entre la France et l’Afrique. Mais au delà des positions affichées par tel ou tel acteur, quid de l’opinion des Réunionnais eux-mêmes? Le constat est clair :  force est de constater que peu d’entre eux se prononcent aujourd’hui pour l’indépendance, bien qu’elle soit toujours prônée par certains mouvements politiques de l’île (proches de l’extrême gauche ou du parti communiste). Car les liens économiques qui unissent la Réunion à la France restent plus forts que tout. Et pour cause : ils assurent aux Réunionnais une qualité de vie dont aucun État souverain de la région ne peut se targuer. Ces derniers n’ont qu’à contempler la misère de leur grand voisin, Madagascar, ancienne colonie française devenue l’un des pays les plus pauvres de la planète, pour faire taire en eux toute velléité indépendantiste qui sommeillerait.

Ceci étant, la Réunion est bien loin d’avoir réglé toutes ses difficultés économiques ! Production locale très limitée, chômage endémique avoisinant 25 % (contre « à peine » 11 % en « France »),…, ce petit bout de France ne survit qu’à travers la lointaine « Métropole » dont il reste à 100 % dépendant.

Célébration du jour de l’an tamoul, à Villèle, un quartier de Saint Gilles les Hauts

Au-delà de cette dépendance économique, un autre facteur apaise toute volonté d’indépendance de l’île: son caractère multi culturel. Car même si les mentalités réunionnaises, restent marquées par l’esclavage (le 20 décembre, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage en 1848, est férié à la Réunion), l’opposition noir/blanc telle qu’elle prévaut en Martinique ou en Guadeloupe, est moins flagrante sur l’île. En effet, lors de la mise en place de l’esclavagisme (avec l’arrivée des Français au 17ème siècle), La Réunion, historiquement vierge d’habitants, a pu fédérer en son sein, des ethnies très diverses: malgaches, peuples issus de l’est de l’Afrique (appelés localement « les Cafres »), auxquels s’ajoutent à la fin de l’esclavage, des Indiens ( « les Zarabes » et « les Malbars ») et des Chinois. Chaque communauté apportant avec elle, sa religion, sa culture et son histoire, complétant ainsi le métissage créole de l’île.

Syndrome de la Goyave en France

Au-delà de ce melting pot africano-asiatique, facteur de paix sociale, cette entente entre communautés s’explique par un partage des richesses « plus égal » qu’en Martinique par exemple, où les Békés (descendants des blancs esclavagistes) détiennent encore l’essentiel des terres et de l’appareil de production.

Toutefois, gare à l’angélisme ! Les tensions inter communautaires sur l’île restent toujours d’actualité. Et se manifestent surtout au travers des inégalités persistantes entre « Zoreilles » (« métropolitains » installées à La Réunion) et créoles. En témoigne le fameux « Syndrôme de la goyave en France », expression bien connue des Réunionnais, désignant la préférence aveugle qu’accordent presque systématiquement certains décideurs de l’île aux personnes, produits et idées provenant de France métropolitaine au détriment de celles et ceux qui ont une origine locale. Une attitude discriminante qui s’applique jusque dans la langue, via la prédominance du français, langue officielle de l’île, au détriment du créole réunionnais, la langue vernaculaire. Il faudra d’ailleurs attendre jusqu’à 2001 avant que ce dernier puisse être enseigné dans les établissements scolaires du secondaire (et seulement dans le cadre de l’option « Langue et culture régionale »).

Un temple tamoul à Saint-Pierre

Une certaine forme de néocolonialisme dénoncée aujourd’hui par divers observateurs réunionnais, tentés de mettre en place un système de « préférence régionale ». Son objectif : favoriser les créoles, notamment dans l’accès à l’emploi. Une revendication vue d’un très mauvais œil par Paris. En effet, la Constitution française n’accorde le droit à la préférence régionale qu’exceptionnellement, notamment pour les « Collectivités territoriales d’outre mer dotée d’autonomie ». A l’instar de la Nouvelle Calédonie, qui n’a pu bénéficier de ce statut qu’après une longue bataille politique. Hors de question donc pour la Réunion, département 100 % français, de bénéficier d’un tel système. Une position inflexible qui reflète bien l’état d’esprit français, encore naïf, utopique et foncièrement ethnocentrique. Celui visant à faire croire que les Réunionnais sont des Français comme les autres, et ce, quel que soit leur passé, leur religion, leur langue ou leur couleur de peau. Une donnée que nombre de « métropolitains », biberonnés aux discours sur « l’exceptionnalité française » voire convaincus par la « mission civilisatrice » de leur pays, ont fini par intégrer très naturellement. Mais combien de temps faudra-t-il avant que les Réunionnais, eux mêmes, en soient, totalement convaincus ?

Une case créole près du cirque de Cilaos

Written by MinoriTerres

août 17, 2010 at 12:43

Madagascar: le “famadihana” pour honorer ses ancêtres

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Colonisé par les anglais, puis les français, Madagascar a subi de plein fouet l’acculturation occidentale à l’instar de bon nombre de pays du sud. Pourtant, les populations très diverses, qui peuplent l’île n’ont pas abandonné leurs pratiques ancestrales, à caractère animiste. Exemple avec le famadihana, un rituel funéraire encore pratiqué par bon nombre de Betsileo, une des éthnies « reines » du pays.

 

Tel un "retournement des morts", le famadihana permet aux descendants d'une famille de faire "union" avec leurs ancêtres disparus.

Véritable carrefour entre l’Asie et l’Afrique, l’Ile de Madagascar, nichée au cœur de l’océan Indien, recèle un patrimoine culturel et humain des plus singuliers. Des tribus indonésiennes et malaises venues peupler l’Ile Rouge dès le 10 ème siècle, aux peuples d’Afrique de l’Est envoyés de force sur ce territoire lors des traites négrières arabes, puis européennes, l’identité malgache se décline plus que jamais au pluriel.

Un brassage ethnique auquel s’est ajouté des flux migratoires plus récents: des autochtones du tout proche Mozambique fuyant l’extrême pauvreté de leur pays, aux Arabes, Chinois et Indiens venus sur l’Ile dans un but principalement économique: faire du business.

Une mosaïque ethnique

De ces destinées collectives diverses et variées, il en résulte aujourd’hui une vingtaine d’ethnies tels que les « côtiers » installés sur la rive ouest de Madagascar, les Betsileo ou encore l’ethnie « reine », les Merina, concentrée au centre de l ‘Ile, sur les hauts plateaux, et dont l’ancien président Marc Ravalomanana comme le nouveau, Andry Rajoelina, font partie.

De l’islam au christianisme, la conversion au monothéisme s’est développée au fil du temps, à mesure que la présence coloniale anglaise puis française s’est imposée, et que les communautés Yéménites de la péninsule arabique ont prospéré dans les grandes villes malgaches.

Mixer l’animisme avec le monothéisme

Ceci étant, les populations locales ont su mixer la pratique de ces religions avec leurs croyances ancestrales à caractère animiste. Exemple frappant: le « famadihana », un rite répandu dans la région des hauts plateaux, pratiqué dans de nombreux villages betsileos ou merinas. D’une durée de deux jours, cette cérémonie funéraire, plus connue sous le nom de « retournement des morts » a pour objectif d’honorer, tous les cinq à dix ans environ, les ancêtres disparus. Ainsi, les descendants achètent du linceul pour recouvrir les corps de leurs défunts. D’une portée très symbolique, cette cérémonie à la fois émouvante et joyeuse génère une activité à la fois économique et culturelle dans le village où se tient l’évènement: marchés, danses et chants effectués par des artistes ambulants traditionnels, appelés les « piragasy »…

 

 

Une fois les corps sortis du tombeau, les descendants les recouvrent d'un nouveau linceul.

A travers cette fête, on comprend surtout que la place accordée aux morts dans la société malgache est très différente de celle accordée par les pays occidentaux. Alors qu’en Europe ou aux Etats Unis, le décès reste un évènement tabou, particulièrement gênant, au point d’être ignoré, nié, à Madagascar, il suscite une véritable célébration. Une manière plus saine de faire son deuil et de poursuivre sa vie.

 

Les piragasy animent l'évènement en narrant des histoires traditionnelles avec des chants et des danses

Zoom: Les Malgaches en France

Il est très difficile d’avoir des chiffres précis sur le nombre exact de malgaches (ou de français d’origine malgache) vivant actuellement en France.  Si la communauté est traditionnellement estimée, à 75 000 membres, les binationaux inclus, l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) a évaluée, en 2000, à 29 000 le nombre de malgaches vivant en France. Une grande disparité dans les résultats qui s’explique par la variabilité des méthodes employées lors des recensements. En effet, si certains décomptes prennent en compte les binationaux ou les personnes en situation « irrégulière », d’autres s’y refusent. Rappelons que moins d’un tiers des Malgaches vivant en France sont des étudiants, le plus grand nombre étant des travailleurs.

Les Malgaches de France constituent traditionnellement une communauté très discrète, très peu impliqués dans des problèmes de « banlieue ». Par contre, ils sont malheureusement de plus en plus nombreux à rencontrer des difficultés liées à leur droit de séjour et de circulation.

 

Voir le film « Famadihana, un retournement des morts chez les Betsileo » en cinq parties:

Written by MinoriTerres

décembre 8, 2009 at 9:44