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Archive for décembre 2009

Madagascar: le “famadihana” pour honorer ses ancêtres

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Colonisé par les anglais, puis les français, Madagascar a subi de plein fouet l’acculturation occidentale à l’instar de bon nombre de pays du sud. Pourtant, les populations très diverses, qui peuplent l’île n’ont pas abandonné leurs pratiques ancestrales, à caractère animiste. Exemple avec le famadihana, un rituel funéraire encore pratiqué par bon nombre de Betsileo, une des éthnies « reines » du pays.

 

Tel un "retournement des morts", le famadihana permet aux descendants d'une famille de faire "union" avec leurs ancêtres disparus.

Véritable carrefour entre l’Asie et l’Afrique, l’Ile de Madagascar, nichée au cœur de l’océan Indien, recèle un patrimoine culturel et humain des plus singuliers. Des tribus indonésiennes et malaises venues peupler l’Ile Rouge dès le 10 ème siècle, aux peuples d’Afrique de l’Est envoyés de force sur ce territoire lors des traites négrières arabes, puis européennes, l’identité malgache se décline plus que jamais au pluriel.

Un brassage ethnique auquel s’est ajouté des flux migratoires plus récents: des autochtones du tout proche Mozambique fuyant l’extrême pauvreté de leur pays, aux Arabes, Chinois et Indiens venus sur l’Ile dans un but principalement économique: faire du business.

Une mosaïque ethnique

De ces destinées collectives diverses et variées, il en résulte aujourd’hui une vingtaine d’ethnies tels que les « côtiers » installés sur la rive ouest de Madagascar, les Betsileo ou encore l’ethnie « reine », les Merina, concentrée au centre de l ‘Ile, sur les hauts plateaux, et dont l’ancien président Marc Ravalomanana comme le nouveau, Andry Rajoelina, font partie.

De l’islam au christianisme, la conversion au monothéisme s’est développée au fil du temps, à mesure que la présence coloniale anglaise puis française s’est imposée, et que les communautés Yéménites de la péninsule arabique ont prospéré dans les grandes villes malgaches.

Mixer l’animisme avec le monothéisme

Ceci étant, les populations locales ont su mixer la pratique de ces religions avec leurs croyances ancestrales à caractère animiste. Exemple frappant: le « famadihana », un rite répandu dans la région des hauts plateaux, pratiqué dans de nombreux villages betsileos ou merinas. D’une durée de deux jours, cette cérémonie funéraire, plus connue sous le nom de « retournement des morts » a pour objectif d’honorer, tous les cinq à dix ans environ, les ancêtres disparus. Ainsi, les descendants achètent du linceul pour recouvrir les corps de leurs défunts. D’une portée très symbolique, cette cérémonie à la fois émouvante et joyeuse génère une activité à la fois économique et culturelle dans le village où se tient l’évènement: marchés, danses et chants effectués par des artistes ambulants traditionnels, appelés les « piragasy »…

 

 

Une fois les corps sortis du tombeau, les descendants les recouvrent d'un nouveau linceul.

A travers cette fête, on comprend surtout que la place accordée aux morts dans la société malgache est très différente de celle accordée par les pays occidentaux. Alors qu’en Europe ou aux Etats Unis, le décès reste un évènement tabou, particulièrement gênant, au point d’être ignoré, nié, à Madagascar, il suscite une véritable célébration. Une manière plus saine de faire son deuil et de poursuivre sa vie.

 

Les piragasy animent l'évènement en narrant des histoires traditionnelles avec des chants et des danses

Zoom: Les Malgaches en France

Il est très difficile d’avoir des chiffres précis sur le nombre exact de malgaches (ou de français d’origine malgache) vivant actuellement en France.  Si la communauté est traditionnellement estimée, à 75 000 membres, les binationaux inclus, l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) a évaluée, en 2000, à 29 000 le nombre de malgaches vivant en France. Une grande disparité dans les résultats qui s’explique par la variabilité des méthodes employées lors des recensements. En effet, si certains décomptes prennent en compte les binationaux ou les personnes en situation « irrégulière », d’autres s’y refusent. Rappelons que moins d’un tiers des Malgaches vivant en France sont des étudiants, le plus grand nombre étant des travailleurs.

Les Malgaches de France constituent traditionnellement une communauté très discrète, très peu impliqués dans des problèmes de « banlieue ». Par contre, ils sont malheureusement de plus en plus nombreux à rencontrer des difficultés liées à leur droit de séjour et de circulation.

 

Voir le film « Famadihana, un retournement des morts chez les Betsileo » en cinq parties:

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Written by MinoriTerres

décembre 8, 2009 at 9:44