Famadihana : un rite funéraire toujours cher aux franco-malgaches

Chaque année, des familles franco-malgaches retournent dans leur pays d’origine pour célébrer le Famadihana. Un rite funéraire animiste qui a su traverser les âges, malgré la colonisation européenne, les conversions forcées et les migrations.

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Minorité post-coloniale, les Français d’origine malgache préservent – pour la plupart – des liens forts avec leur ile d’origine, nichée au cœur de l’océan Indien. Car celle-ci recèle un patrimoine culturel et humain des plus singuliers. Des tribus indonésiennes et malaises venues peupler l’Ile Rouge dès le 10 ème siècle, aux peuples d’Afrique de l’Est envoyés de force sur ce territoire lors des traites négrières arabes, puis européennes, l’identité malgache se décline plus que jamais au pluriel, à Madagascar comme dans la diaspora.

Croyances à caractère animiste

Partout dans le monde, les minorités malgaches – surtout celles issues des ethnies “reines” du centre de l’Ile, à l’instar des Betsileo et des Merina – ont su préserver leurs croyances ancestrales à caractère animiste. Ainsi, nombre de familles franco-malgaches retournent chaque année dans leur pays d’origine pour célébrer le Famadihana : un rite funéraire animiste qui a su traverser les âges, malgré la colonisation européenne, les conversions forcées au christianisme et à l’islam et les migrations.

D’une durée de deux jours, cette cérémonie funéraire, plus connue sous le nom de « retournement des morts » a pour objectif d’honorer, tous les cinq à dix ans environ, les ancêtres disparus. Les descendants achètent alors du linceul pour recouvrir les corps de leurs défunts. D’une portée très symbolique, cette cérémonie à la fois émouvante et joyeuse génère une activité à la fois économique et culturelle dans le village où se tient l’évènement: marchés, danses et chants effectués par des artistes ambulants traditionnels, appelés les « piragasy ».

Célébrer les défunts

A travers cette fête, on comprend surtout que la place accordée aux morts dans la société malgache est très différente de celle accordée par les pays occidentaux. Alors qu’en Europe ou aux Etats Unis, le décès reste un évènement tabou, particulièrement gênant, au point d’être ignoré, nié, à Madagascar, il suscite une véritable célébration. Une manière sans doute plus saine de faire son deuil et de poursuivre sa vie.

De l’universalisme français au soubassement ethnique

L’ancien statut « d’indigène » des populations noires et arabes durant la colonisation influence largement les clichés racistes dont elles sont aujourd’hui victimes en France. Toutefois, des facteurs plus antérieurs conditionnent également l’existence de tels préjugés. Analyse.

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(texte) Ignorants, paresseux, voleurs : les clichés racistes à l’encontre de certaines minorités françaises, seraient-ils le pur produit de l’expérience coloniale hexagonale ? Pour Nicolas Bancel, professeur à l’Université Strasbourg II Marc Bloch, « les préjugés des colons français à l’encontre des populations « indigènes » n’ont certainement pas disparu subitement après la décolonisation. D’où une possible réactivation de cet imaginaire colonial aujourd’hui en France ».

Des reliquats qui se traduiraient, entre autres, par la survivance du mythe victimaire de la femme arabe ou musulmane, tour à tour prisonnière dans son harem puis de son voile. « L’ultra médiatisation en France de Sakineh Mohammadi Ashtiani, cette iranienne condamnée à mort pour adultère, en constitue un exemple flagrant, lance Azadeh Kian, professeure de sociologie et responsable du Centre d’Enseignement, de Documentation et de Recherches pour les Études Féministes (Université Paris 7-Diderot), car elle représente le personnage souhaité de la victime musulmane passive, à sauver du carcan d’une société jugée arriérée. Et ce, a contrario de toutes les prisonnières politiques iraniennes luttant activement pour leur liberté, passées sous silence dans les médias occidentaux».

Stéréotypes coloniaux

Une opinion largement partagée par Salima Amari, doctorante, chargée de cours à l’université Paris 8 : « Comme à l’époque coloniale, la femme orientale est aujourd’hui encore représentée comme une victime soumise et inférieure, potentiellement battue, mariée de force ou contrainte à porter le voile. Une vision tellement monolithique et paternaliste de la musulmane assujettie au pouvoir masculin qu’il est impensable d’imaginer que certaines d’entre elles, même voilées, puissent être homosexuelles ». Des stéréotypes coloniaux également perceptibles dans les discours actuels de certaines féministes françaises. « Pour nombre d’entre elles, la femme musulmane doit être émancipée malgré elle. D’où leur soutien inconditionnel à la loi récente sur l’abrogation du voile », déplore Esther Benbassa.

Remise au goût du jour, la traditionnelle « mission civilisatrice » de la France, largement empreinte d’idéologie coloniale, constituerait, ainsi, le point de départ d’un racisme typiquement hexagonal… Une théorie nuancée toutefois par certains chercheurs à l’instar de Sylvie Thénault, chargée de recherche au Centre d’histoire sociale du XXe siècle. En effet, cette dernière souhaite mettre en garde contre une lecture simpliste d’un tel processus, en pointant notamment du doigt l’amalgame fait entre généralisation des CRA (Centres de rétention administratifs) et les pratiques d’internement colonial en Algérie. Selon elle, ces centres seraient davantage le fruit d’une politique française plus ancienne d’enfermement des « indésirables » (prostituées, vagabonds, etc.).

« Certes, l’étude des traces post coloniales dans notre société constitue une démarche légitime et pertinente, d’autant qu’elle intervient en réponse à une absence totale de réflexion en France sur les effets du colonialisme, note la chercheuse, Toutefois, gare à ne pas noyer la question complexe et actuelle des racismes dans le seul post colonialisme, car il existe un panel de manifestations violentes, nationalistes et xénophobes dans notre pays qui dépasse ce strict cadre».

Antisémitisme et romophobie

Exemple probant : le fameux discours de Grenoble survenu en plein été 2010, durant lequel l’ex-président Nicolas Sarkozy s’en était ouvertement pris aux Roms. « Le phénomène de romophobie comme celui de l’antisémitisme montrent que le racisme en France n’est pas aujourd’hui exclusivement dirigé contre les seules ex-populations coloniales, même si ces dernières y sont bien souvent les plus exposées aujourd’hui. D’où la pertinence de déconstruire cette idée de continuité parfaite entre la période coloniale et notre société actuelle», indique Vincent Geisser, qui évoque un processus typiquement xénophobe de construction d’un autre, considéré comme impur, qu’il soit juif, tsigane ou musulman”. Un processus qui relèveraient davantage “d’un soubassement ethnique de l’universalisme français. Autrement dit d’un rapport très spécifique, à la fois mythique et imaginaire, à l’identité française largement antérieur aux temps coloniaux». Un racisme « à la française » bien plus structurel qui logerait finalement tous les minorités à la même enseigne. De quoi donner à réfléchir…

Arméniens, Grecs, Kurdes ou la difficile “question turque”

Comme bon nombre d’Etats orientaux, la Turquie, en tant que nation, s’est constituée sur fond de nettoyage ethnique et religieux, et ce, à l’encontre de ses minorités, qu’elles soient chrétiennes, kurdes ou juives. Alors que l’oubli et le rejet de tout travail de mémoire caractérisent encore l’actuelle Turquie, analyse d’une société contrôlée d’une main de fer par son président Erdogan.

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Dans le sud de la Turquie, près de Fethiye, un ancien village grec aujourd’hui laissé en ruines.

S’il y a bien un pays musulman qui semble assumer sans complexe son passé chrétien, c’est sans aucun doute la Turquie. Et pour cause : il suffit de se rendre dans ce pays singulier à cheval entre l’Europe et l’Asie pour constater l’héritage orthodoxe plus que vivace de cette nation musulmane. Rien qu’à Istanbul, pas moins de 200 églises coexistent avec les innombrables mosquées de la cité. La cathédrale Sainte Sophie, représente à elle seule le meilleur reliquat de l’empire Byzantin (empire romain d’orient) qui a subsisté pendant presque mille ans (jusqu’à la prise de Constantinople par les Ottomans, de confession musulmane, en 1453).

Mais si le patrimoine chrétien de la Turquie est plus que jamais valorisé par les autorités, quid de la place réelle accordée à la mémoire et l’histoire des minorités non musulmanes du pays ? Si les occasions pour la nation turque de se confronter à un passé douloureux pour les Chrétiens, mais aussi Kurdes ou Juifs ne manquent pas, force est de constater que le déni et le négationnisme caractérisent encore la société turque actuelle dirigée par régime autoritaire du premier ministre Erdogan.

1937 : massacres de Kurdes

Pour preuve : ce dernier a rappelé en 2016, que “la Turquie n’accepterait jamais les accusations de génocide contre les Arméniens”, suite à une telle reconnaissance par le parlement allemand. Or, c’est l’incroyable tragédie de 1915 qui a rendu possible l’usage d’une brutalité qui a pu être pratiquée aussi après l’instauration de la république. Exemple probant : le massacre des Kurdes de 1937 -seule minorité encore non reconnue par l’Etat turc, a contrario des Grecs, des Arméniens et des Juifs. Si le Premier ministre turc a certes demandé pardon pour l’exécution de 13 000 Kurdes commise par l’armée dans la région du Dersim, les exactions subies aujourd’hui  de plus belle par ceux ci – sur fond de dictature rampante – rappelle la condition précaire de cette minorité.

Mais il y a d’autres parts d’ombre dans l’histoire moderne turque pour lesquelles l’Etat devrait demander pardon : les événements de 1934 qui ont abouti à l’expulsion des Juifs de Thrace, l’impôt sur le revenu (varlik vergisi) de 1942 discriminatoire à l’égard des non-musulmans, pogroms de 1955 visant principalement les Grecs, les Arméniens et les Juifs d’Istanbul, la spoliation des biens des Grecs en 1963, ou encore les exécutions illégales commanditées par l’Etat pendant les années 1990…

On l’aura compris : comme bon nombre d’Etats orientaux, la Turquie, en tant que nation, s’est constituée sur fond de nettoyage ethnique et religieux. Tant que l’histoire officielle n’assumera pas de telles zones d’ombre – remettant ainsi partiellement en cause une identité nationale fantasmée -, c’est l’autoritarisme qui règnera. Pour les minorités nationales comme pour le reste de la population.

 

 

Juifs et Musulmans : comment vivre son homosexualité

 

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Interview

Frank Jaoui, porte-parole du Beit Haverim, groupe juif gay et lesbien de France 

Nassreddine Errami, porte-parole de MIF, Musulmans Inclusifs de France et coordinateur de HM2F, Homosexuels Musulmans de France

– Quand on est juif ou musulman, faut-il encore cacher son homosexualité ?

FJ : Être juif et gay, a longtemps été dur à concilier. Il y a une quinzaine d’années encore, certains rabbins disaient, «Il n’y a pas de ça chez nous». Mais les tabous commencent à être levés. Les jeunes homos vivent mieux dans leurs familles. Notre communauté s’organise, surtout autour du Beit Haverim qui a pris son essor dans les années 90.

NE : A un stade d’organisation embryonnaire, l’islam de France doit encore se structurer au delà des influences extra-françaises (Maroc, Algérie, Turquie etc.). Notre mouvement MIF œuvre pour faire émerger unvision inclusive en rupture avec les discours théologiques machistes. Tandis que le collectif HM2F accueille des jeunes en détresse pour les aider à réconcilier leur foi et leur sexualité.

Mais notre combat ne se réduit pas à la lutte contre l’homophobie. Par exemple, HM2F est membre fondateur du collectif MTE (Mamans toutes égales) qui se bat contre les discriminations touchant les femmes musulmanes voilées comme leur exclusion des sorties scolaires de leurs enfants.

Comment se portent les relations entre juifs et musulmans gays ?

NE : Nous œuvrons pour un dialogue interreligieux.  Pour rapprocher les deux communautés, un voyage au Proche-Orient a été organisé en 2011. Un moyen de favoriser le vivre ensemble, au delà de tel ou tel conflit géopolitique.

FJ : Nos liens ont toujours été forts. Auparavant, les tea dance du Beit Haverim, célébrant les grandes fêtes du judaïsme, réunissaient juifs et musulmans. Aujourd’hui, la mixité y est moins flagrante. Car les musulmans ont désormais leurs propres événements. Le conflit a aussi un impact. Nous sommes à l’avant-garde pour lutter contre son importation. Car ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise.

Une soirée à la Mutinerie…

«Ici, je peux au moins faire des rencontres». Zora, jeune cadre algérienne, vient souvent à la Mutinerie, bar lesbien en plein cœur de Paris quand elle est de passage dans la capitale. «Ça me change d’Alger car, là bas, je dois cacher mon homosexualité, mes parents ne sont même pas au courant». La ville lumière, havre de paix pour les jeunes homos ? «Pas vraiment, répond Hinde, Française, quand t’es lesbienne et, qui plus est d’origine marocaine, comme moi, tu ne fais pas partie de la norme blanche-hétérosexuelle». Contrairement à Zora, Hinde a révélé son orientation sexuelle à ses parents. «Sur le coup, ma mère a failli s’évanouir. Depuis, elle est dans le déni. Mais comment puis-je demander à une femme religieuse de 60 ans d’accepter mon mode de vie ? Au moins, elle n’a pas coupé les ponts». Aujourd’hui, Hinde sort avec Céline, originaire du Havre. Elle aussi a fait son coming-out. «Mes parents l’ont mieux pris. Ma mère m’a sorti : c’est sans doute à cause de tous ces discours féministes», sourit Céline. L’une comme l’autre trouvent que la mixité interculturelle est assez répandue chez les couples lesbiens. «Comme on vit la même stigmatisation, on est plus enclines à l’ouverture, analyse Hinde, mais les fachos, il y en a partout, même chez les homos”.

“Sannois, ce n’est pas une ville d’extrême-droite”

Dans le Val d’Oise (95), Sannois mêle à la fois belles demeures bourgeoises et cités HLM. Reportage dans une ville un peu “bourge”, mais pas trop, de la grande banlieue parisienne.

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Dans le centre de Sannois (95), ville « à la campagne » de 26 000 habitants, nichée au cœur de la vallée de Montmorency, se juxtaposent grands immeubles et petites maisons résidentielles. Un contraste,  qui à première vue ne saute pas aux yeux, tant la politique du maire de droite, s’est centrée sur l’agencement d’un centre ville « préservé » et « protégé ». « Les immeubles du centre ont été rénovés, et des grillages ont été installés un peu partout pour mettre fin aux allées et venues » explique Rachid, un étudiant à l’Essec. Le jeune homme, qui habitait lui-même à Sannois, dans ce qui s’appelait auparavant « la cité du centre » a aujourd’hui déménagé à Argenteuil. « Je ne sais pas si je suis vraiment issu d’un quartier populaire, tant il me paraît difficile de définir ce qu’est une cité » explique le jeune homme.

 

A côté de la mairie, des jeunes assis sur des marches demandent régulièrement  des cigarettes aux passants. Ils semblent exaspérer bon nombre de Sannoisiens. « Un jeune s’est fait agresser l’autre jour parce qu’il a refusé de donner son téléphone portable à un voyou » explique une vieille dame habitant dans un quartier pavillonnaire à deux pas des grands immeubles du centre ville. « Il n’y a qu’une rue à franchir pour se retrouver parmi ces jeunes » renchérit la vieille dame qui refuse de dire pour qui elle a voté, tout en déclarant ne pas être de gauche.  «  Hormis le centre ville, c’est la même logique un peu partout dans cette ville. La mairie a laissé les cités s’installer à la périphérie », explique Florian. Ce jeune qui travaille en intérim, habite très loin du centre, dans une grande maison coincée entre la cité Verte et la cité Soleil. « On n’a jamais vraiment eu d’emmerdes içi. Sannois est une ville plutôt calme. Le vrai problème c’est qu’il n’y a absolument rien à faire, particulièrement dans mon quartier. Pas de commerces, pas de services publics, rien. Je me demande même si les vieux qui habitent dans les maisons en face, autant que les jeunes qui habitent dans les cités à côté, ont déjà mis un pied à Paris ».

Le quartier derrière la gare est le plus riche de la ville. Les propriétés gigantesques, cachées derrières de hauts portails, succèdent les unes aux autres. Pourtant juste à proximité, à la limite de Saint-Gratien et d’Argenteuil, se dresse la cité des Buissons. Un tout nouveau décor, présentant des tours particulièrement délabrées, s’impose. Il y a plusieurs années, des jeunes issus de cette cité, s’étaient même battus avec ceux des quartiers résidentiels. L’objectif était de leur piquer leurs vélos. « Même s’ils ne vivent pas ensemble ces jeunes se connaissent tous, car ils sont sectorisés dans la même école » explique Florian. « Mais aujourd’hui, les familles aisées de la ville inscrivent de plus en plus leurs enfants à Notre-Dame, l’école privée du centre ville ». Dans ces quartiers résidentiels, Sarkozy est largement arrivé en tête au premier tour, si l’on en croit le dépouillement de dimanche dernier. En 2002, c’était le Front national qui avait atteint un taux record. « Mais cette ville n’est pas d’extrême droite » assure Florian. Il est vrai que dans le souterrain de la gare, on a pu voir récemment inscrit en caractères très visibles « A mort Le Pen, A mort les Juifs ». Le lendemain, le maire de la ville s’était empressé de tout faire disparaître.

Religion en entreprise : le pragmatisme sans la maladresse

Alors que le fait religieux se taille une place grandissante au travail, difficile pour certains managers d’appréhender avec justesse les cas « borderline » à la limite de l’intégrisme. Encore faut-il agir avec courage et fermeté sans céder aux amalgames.

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Après la polémique du burkini de l’été 2016, place à celle des crèches de Noël dans les mairies. Alors que les crispations identitaires – surtout autour de la religion – rythment à fond le quotidien des Français, force est de constater qu’un tel phénomène est loin d’épargner le monde de l’entreprise. Demande d’absence, aménagement du temps de travail…, le fait religieux se taille une place tout aussi forte au bureau. Pour preuve : l’inflation de guides de bonnes pratiques édités par le ministère du travail, certains syndicats, etc., pour déminer les tensions croissantes autour de la religion en entreprise. «Le fait religieux au travail est une réalité que rencontrent de plus en plus de nos équipes. En progression, ces manifestations restent peu fréquentes et, dans l’immense majorité des cas, ne génèrent pas de conflit. Mais certains situations – comme le refus de mixité – percutent nos représentations et nos valeurs », écrit d’emblée Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT dans un guide du syndicat publié fin 2015.

10 % de managers dépassés

La dernière étude de l’institut Randstad et l’Observatoire du Fait Religieux en Entreprise (OFRE), parue en septembre 2016, confirme un tel constat : près de 2/3 des salariés ont observé cette année plusieurs manifestations du fait religieux contre 50 % en 2015. Ainsi, pour la première fois en quatre ans, la part des managers rencontrant régulièrement le fait religieux au travail est majoritaire. « C’est la preuve de la banalisation de la place de la religion au bureau qui intègre le registre des demandes managériales classiques », commente Laurent Morestain, secrétaire général du groupe Randstad France tout en rappelant que « les cas conflictuels représentent toujours moins d’un fait religieux au travail sur dix ». En effet, dans 91 % des cas, ces convictions religieuses au bureau – qui concernent à 99 % l’islam – « s’expriment par des requêtes et pratiques personnelles qui n’entravent pas le travail, comme les demandes d’absence pour une fête religieuse ou d’aménagement du temps de travail, le port de signes ostentatoires et les prières pendant les pauses », détaille Lionel Honoré, professeur à l’université de la Polynésie Française et directeur de l’OFRE. En revanche, – et c’est là que le bât blesse -, les 9 % de cas conflictuels, certes minoritaires, ont largement grimpé en trois ans (équivalent à 2 % en 2013).

Quelle liberté religieuse ?

Autant de situations problématiques – prosélytisme, refus de travailler avec une femme, de réaliser certaines tâches, etc. – qui donnent du fil à retordre à certains managers. « 10 à 12 % d’entre-eux se disent totalement dépassés par ces revendications, signe que ce problème de fond – au-delà des polémiques ambiantes – pose  question dans l’entreprise et doit donc être pris à bras le corps par le management», analyse le chercheur. Mais comment gérer avec justesse de tels conflits en évitant toute maladresse ou pire encore les amalgames ? « Cela suppose d’agir avec courage et fermeté face aux cas inacceptables, mais aussi de faire preuve de pragmatisme, d’ouverture d’esprit et de respect des personnes pour résoudre de manière apaisée des situations qui, au quotidien, sont encore peu conflictuelles », estime Lionel Honoré, pour qui « la première question qu’un manager doit se poser face à l’affirmation d’une pratique religieuse d’un collaborateur est, ‘est-ce que cela nuit à la bonne réalisation du travail et au vivre-ensemble dans l’entreprise’ ? ». Pour faire la différence entre ce qui relève du radicalisme religieux et de demandes ayant trait au savoir managérial classique, la connaissance approfondie du cadre légal s’impose bien sûr comme un pré-requis de taille. Car en effet, a contrario des services publics, les sociétés privées ne sont pas tenues à l’obligation de laïcité et de neutralité, la seule limite à la liberté religieuse de leurs employés étant le «trouble objectif» au bon fonctionnement de l’entreprise.  

Climat de repli

On l’aura compris, le port du voile dans une start-up n’est en rien contraire à la loi. « Par contre, les abus du droit d’expression dans l’entreprise prenant la forme d’actes de prosélytisme sur d’autres salariés sont manifestement constitutifs de faute grave », indique Eric Rocheblave, avocat en droit social, en citant un arrêt de jurisprudence du 31 mai 2016 de la Cour d’appel de Douai. Alors que l’entreprise n’échappe plus à la politisation croissante du religieux, « on voit bien que face à un tel phénomène grandissant au travail, c’est bien la place des religions en général dans la société qui se pose », souligne Lionel Honoré. Preuve en est avec l’imbroglio judiciaire des derniers mois sur la présence des crèches de Noël dans les mairies, suite à deux arrêts diamétralement opposés rendus par deux cours administratives d’appel et -in fine- leur autorisation « sous conditions » par le Conseil d’Etat. Un vaste sujet tout aussi sulfureux chez les politiques de droite comme de gauche. Ainsi, un article déjà polémique de la future loi travail prévoit que le règlement intérieur des entreprises puisse «contenir des dispositions inscrivant le principe de neutralité et restreignant la manifestation des convictions des salariés». Faut-il vraiment légiférer en la matière au risque de créer, plus encore, de clivages ? 65 % des salariés français y sont opposés, d’après l’étude Randstad / OFRE, se déclarant plus ouverts à des réponses au cas par cas aux demandes des collaborateurs, plutôt qu’à une neutralité religieuse imposée par la direction. Pas sûr que cette position mesurée suffise à convaincre face au climat actuel de repli et de surenchère politique dans un contexte sécuritaire dégradé…

Le soufisme, quand le mysticisme illumine l’islam !

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Voilà un courant de l’islam un peu moins inconnu en France depuis que le rappeur Abd al-Malik s’en réclame. Le soufisme, branche mystique de l’islam organisée en confréries implantées partout dans le monde, a une particularité: faire valoir une forme apaisée de religion. En effet, contrairement à l’islam orthodoxe (salafiste ou wahabiste) davantage dogmatique, le soufisme se distingue par l’importance de la méditation, une démarche encadrée par un maître qui guide les disciples jusqu’à l’union à Dieu.

« Pour nous, l’islam n’est que le premier degré d’une voix menant à l’excellence. Certains y trouvent une paix intérieure qui favorise la paix avec les autres», détaille Isabelle, musulmane convertie, appartenant à la confrérie Alaouia, fondée à Mostaganem, en Algérie, il y a environ un siècle. « Le soufisme est rentré dans ma vie un peu par hasard, confie cette dernière, depuis il m’a permis de me reconnecter avec moi-même »,. Marbouha, pratiquante française d’origine algérienne, appartenant à la même confrérie, décrit sa vie de soufie au quotidien : « Je pratique chaque matin et soir le wird, des récitations en louange au prophète et à Dieu. Lors de réunions hebdomadaires, nous pratiquons aussi le Dhikr, des appels incantatoires pour purifier l’âme. Enfin, quelques fois dans l’année, nous nous retrouvons en petits groupes dans un endroit retiré pour effectuer des retraites spirituelles ».

Autant de rassemblements qui mêlent hommes et femmes de toutes origines : maghrébine, subsaharienne… « Au delà de la quête de sagesse et de connaissance, nous voulons diffuser un vrai message d’amour et de tolérance favorisant le vivre ensemble,complète Isabelle, cela étant, le soufisme est encore peu connu des musulmans de France qui associent parfois notre mysticisme à de l’idolâtrie ». Encore marginalisé par l’islam « officiel », ce courant discret est aussi peu présent dans le champ médiatique saturé par l’actuel climat islamophobe, ainsi que par les courants salafistes qui phagocytent l’image de cette religion. Tout cela semble aux antipodes des valeurs d’ouverture et de spiritualité du soufisme qui gagneraient à être véhiculées plus largement dans ce contexte de radicalisation fruit d’un climat social tendu. A chaque soufi anonyme de trouver un moyen pour cela !